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L'auteur :
M.D. Arakiri
Mercredi 28 janvier 2009
La poésie n'est pas cachée : ni dans les noms
   
    Ni dans les choses.
Rien au monde n'est moins saillant
   
    Qu'elle : la poésie.

Elle enveloppe tout, et faute
D'être seule aux hommes sensible,
Revêt d'une large patine
Tout ce que leurs sens apprécient.

Ce manteau de haute facture se traine
Sur la surface béate des choses
Afin qu'en toute part et partout
Chaque objet en soit recouvert.

La poésie n'est pas l'envers
Mais bien l'avant,
Mais bien la plus neuve poussière
Sur le verni du monde nu.
Son lit nouveau s'étend, sans fin,
Sur l'étendue.

Ceux qui, trop loin, la vont chercher,
Brisent d'un ongle malheureux,
Au premier pas de leur étude,
L'objet qui leur était précieux :
C'est la membrane même qu'ils viennent d'arracher.

Dites-leur à présent d'abandonner l'essence,
        Les mines et les pioches !
Dites-leur à présent qu'est vaine l'appétence
   
    Pour le secret des roches
Et vaine l'exigence d'excaver le langage !

Dites-leur que leurs nuits sont perdues à creuser
   
    Pour ne jamais trouver
Qu'un mot : une raison de creuser davantage.

    C'était là, sur le sol, sur l'infime rayon,
    Sur les bords merveilleux de l'univers connu,
    Sur l'onde évaporée.

Mais vous avez foré trop avant la matière
Et vos coeurs blessés, d'aventure,
Se trouvent retenus trop profond sous la terre
   
    Pour espérer l'atteindre.
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Poésies - Voir les 4 commentaires
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Vendredi 9 janvier 2009
Lyla, te souviens-tu,
De nous, les yeux baissés,
Au front des Pyrénées ?
C'était là : savais-tu ?

Nous regardions la chaîne
Ici, et enchainés, assis,
Nous courbions aussi
L'échine.
Mais les chaines adorées
Dont nous avions nous-mêmes
Scellé chaque maillon
Ne nous dérangeaient pas.
J'étais poète, et toi
Peinture.
Moi j'étais écriture
Et toi tu étais Toi.

Nous regardions les vagues
Au rivage des cimes :
De lentes écumes blanches
Nous devaient marier.
La lumière était lasse
Le soir, de sa beauté,
Une douce lueur
Vint pour la remplacer.
Comme elle nous laissa place,
Nous nous sommes pâmés
D'être devenus astres
Au sommet
Des sommets.

Oh, souviens-toi, Lyla !
Comme nous étions fiers :
Toi penchée à mon bras
Moi pendu à ton coeur
Et moi qui me taisais
Et toi qui restais là
Assise, là, et moi, aussi
Assis, à regarder
S'allumer les dessins du ciel endolori.

Nous déposions dans l'herbe
Au flanc des dieux couchés,
Entre les liliacées,
Quelques gouttes sucrées
De salive de sueur de vapeurs ou d'émoi
Nous ne le savions pas,
Nous ne le savions pas.
En bas dans la vallée
Coulait une rivière
Et nous laissions aller
Nos larmes vers la mer,

Nous laissions aller nos larmes vers la mer.

La mer à des milliers de milliers d'envolées
Me paraissait rouler à côté ses murmures
Tout comme toi, Amour – est-ce bien ce nom-là
Qu'ont attribué les fous au principe du rêve ?

Et toi, Lyla, la mer les monts l'amour et moi
Nous sommes évanouis.

Te souviens-tu, Lyla ?
Ce n'est pas si lointain,
Cet hymen de roi
Date de ce matin :
Te souviens-tu, Lyla,
À l'aube, je rêvais,
Assoupi dans tes bras
Et tu me regardais.
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Poésies - Voir les 3 commentaires
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Dimanche 4 janvier 2009

L'ouverture de ses lèvres, silencieuse et profonde,

Comme d'un puits marin où murmure le flot

Laisse monter vers moi des parfums animaux.

Un mystère vivant me pénètre et me sonde

          Puis il happe mon âme et l'entraîne

          Vers ce flanc qui réclame une dague.


J'entre ainsi qu'un ruisseau de venin dans la vague

          Sur les berges de l'aine.

Par M.D. Arakiri - Publié dans : Poésies - Voir les 2 commentaires
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Dimanche 4 janvier 2009



Sur la terre des Hommes, espèce sans patience,

Où l'on brasse à présent, la matière, le temps,

Les peuples, les idées, les dogmes et les sciences

— Sans distinguer jamais la forme de l'essence —

Hommes et âmes noyés sous les attroupements

Regardent leurs destins qu'un mouvement balance.


Mais dans l'oscillation d'un trop peu long moment

Des Pères et des Fils se meuvent lentement.

Un regard les délivre, une vie les suspend

Hors du confus tumulte qui, au loin, reprend.


Par M.D. Arakiri - Publié dans : Poésies - Voir les 0 commentaires
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Mardi 28 octobre 2008
Homme, Misérable, ta fraude fut trahie,
Quand, harpée, du rivage, la pensée, jailli,
De ta propre victoire — oh ! la pensée docile !
Fendue sur un étal, eut expiré sa bile ;

Cette opaque liqueur, teintée d'évanescence
Quand fut sûre, tranchée, attestée l'excellence
Du coutelier, l'orfèvre, sur elle victorieux,
Ruissela, vaporeuse, des crânes vétilleux.

Ainsi qu'une eau blafarde affouille et se corrompt
Elle creusa son lit d'un flot avare et prompt,
Jusqu'à ce que mourut le ressac avec l'esche
Sur des berges trop rêches, trop lointaines, trop sèches.

Sang bleu avec sang noir - sang d'un savoir saigné !
La Pensée, de son suc, de son fiel imprégné
Fêlée, fendue, perdue, coupée par le milieu,
Gisait sur les adobes d'un bard bilieux

Le soleil rayonnait sur ce tableau macabre ;
Tout était simulacre, étude, fausse algèbre,
La Nature trichait autant que l'Artifice :
Le poème était mort, l'arbre était édifice ;

Et les Hommes, esseulés, qui hantaient la corniche,
Vinrent examiner l'agonie hémistiche :
Cette Muse           En éclats,
Dont la césure était l'oeuvre d'un coutelas.

Pensée qui fut longtemps celle des orateurs,
Des poètes, des sages, des plus brillants auteurs ;
Ligne puis fleuve, cercle après source, pied avant faîte,
Pensée : te voilà nue sous cette ambre épithète.
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Poésies - Voir les 0 commentaires
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Mardi 28 octobre 2008
Alice,  Alice,
Tout semble
Si facile
Tout semble !

Alice,
Dans cet effluve
Tu es légère, légère
Comme le souffle

Alice, en jupe, Alice
La toute jeune Alice
Tout près, trop près,
Ton rire !

Alice, Alice,
Tu trembles
Mais déjà l'innocence
T'a libéré, Alice

Alice, Alice, demande
Quel est ce prince en bas
Alice, tu rêves, Alice !
Mais non, tu ne dors pas.

Alice un chat ailé
Ne chasse que des anges
Mais Alice, les anges
Ne sont que friandises

Fais attention, Alice
Là où tes pieds se posent
La plus petite Alice
Est glissée dans un songe

Alice, tu pleures ! mais tout est larme,
Et larme n'est alarme
Qu'après vingt ans, Alice
Qu'après vingt ans.

Alice, j'ai oublié,
Quel est ce très beau livre
Mais il parle d'un Roi...
De son fils, non, sa fille !

Tu devrais, Alice, le lire,
Mais sais-tu lire, Alice ?
Oh si tu ne sais pas,
Que l'avenir est beau !

Je sais, tu es pressée
Alors Alice, avance,
Les bêtes sont muettes
Et les hommes idiots

Vas, montre-leur, Alice,
Tout en riant
Donne-leur une leçon
Et donne-toi raison.

Tout de même, Alice
Tu n'es qu'Alice
Pardonne-moi
Cette exigence

Va boire un thé
La Reine, l'échiquier
— Alice —
Les cartes, peuvent attendre.

Alice dépêche toi
Il faut du temps
Du temps
Pour devenir enfant.
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Poésies - Voir les 1 commentaires
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Mardi 28 octobre 2008
Les yeux
Les yeux les beaux
Les plus beaux yeux
Les plus beaux yeux ne sont jamais
Ceux de celle que l'on regrette
Ceux de celle-là oubliée
Dont seul un regard est resté
Ni ceux de celle qui s'arrête
Pour les poser dedans les vôtres.
Les yeux sages les yeux fermés
Les yeux d'une ange dévoilés
Ni les yeux que l'on reconnaît
Les yeux à peine les yeux un peu
Ni les yeux aux flammes profondes
Feu d'une âme aux violences tues
Les yeux perdus et qui n'ayant trouvé que vous
Font les yeux doux.

Les yeux
Les yeux les beaux
Les plus beaux yeux
Les plus beaux yeux sont deux

Les plus beaux yeux sont ceux
Qui aiment en silence.
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Poésies - Voir les 6 commentaires
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Mardi 28 octobre 2008
Enfoncer nos pas
Sur les vastes escaliers du granit rongé
Et sur la lande toute de bruyère neuve

Plus tard un dernier arbre

Ceuillir
Au dense tapis des genêts
Ce trésor posé là
Que l'ours brun dans sa marche de grâce
A oublié :
Une myrtille.
Bain de brimbelle pour nos doigts
Tout entachés.

Mordre les bras sucrés des framboisiers, l'été,
Boire leur eau vermillon dans tes petites mains jointes
Ou se laisser mourir
D'inanition, d'amour,
Sans cette nourriture.

Macher l'étrange et verte étoile
Du chanvre indien
Pour laisser disparaître en nuage spécieux
Le poids de l'altitude, fatigue et inquiétude.
Gouter ainsi l'oubli qui conduit au chaos.

Et revenir

Boire en bas du ruisseau surprenant et secret
Qui plonge ses grands bras de napel dans l'air
Et charrie leur poison
Puis regarder la fleur à qui déjà l'on doit
L'excitation de mort nous montant à la tête
Comme un spiritueux aux vertus souveraines
Sur l'âme et la pensée.
Que l'image de cet aconit est vicieuse !
La beauté dans les yeux
Et la mort dans le sang.

Puis

Laisser l'Homme partir
Rejoindre par la cendre et le travail du ver
La Nature qu'il craint.
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Poésies - Voir les 1 commentaires
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Mardi 28 octobre 2008
Puisque nous sommes deux

Deux coeurs, deux êtres, deux !
Deux âmes sous l'averse

Et que rien ne renverse
Alors, je me rassure

Et je rase les murs
De la mélancolie

Pour éviter la pluie
Qui lave notre amour

Et suspend nos toujours
Sous le ciel ingénu

Au fil de l'inconnu
Comme un linge trempé

Brûlant de notre été
Au parfum des lavandes

Et des flammes friandes
Du bois des conifères

Ma mémoire aurifère
Puisque nous sommes deux

Ce trésor prodigieux,
Est toute dépeuplée

Un seul être lui plait
à paraître souvent

Ô silence éprouvant
De tes lèvres éteintes

Eaux des larmes restreintes
Source d'assèchement

Sous le déhanchement
De ta silhouette d'or

Ô silence indolore
Des solitudes enfuies

Est-ce l'aube qui fuit ?
Est-ce de n'être seul

Qui soudain me console ?
Ai-je mordu le fruit,

Oh me suis-je promis,
Pour gouter au roman,

Au feu, au firmament
À ces lettres jaunies,

À ce mortel ennui ?
Non, car le jour se lève

Et toujours nous relève
Deux âmes sous l'hiver

Si grandes d'être fières.
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Poésies - Voir les 2 commentaires
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Mardi 28 octobre 2008
Paris sur la Montmartre
La ville est au balcon
Et les rues les bâtisses
Exhibent aux voyageurs
Leurs allures marâtres
Mais l'amoureux s'offusque
Et l'artiste se vend
La butte aux escaliers
Pourtant, le soir abrite
Lumières et restaurants
Un arbre et deux amants
Une photo de carte
Repartie pour l'Asie.
Deux ou trois guitaristes
Une chanson qui dit :
« J'ai connu des printemps
Fabuleux en hiver... »



Rue de la Belle de Mai
L'air marin l'air léger
Et les vents atlantiques
Le feu les formes rondes
Et les jambes ensablées
Des jeunes filles blondes
Ou brunes au bord de l'eau
Les jeux
Square du Château Gaillard
Une heure du soir, ou du matin,
L'ombre et les bruissements
Qui roulaient leurs cortèges
Sur l'amour enfantin
Le mortel amour immature
Déjà si sage si précieux
Si tendre et sûr
Mais si sérieux

Bordeaux Rue Sainte-Catherine
Sur le trottoir d'en face
Mon Autre pérégrine
Un couple qui s'enlace
Et s'ignore en même temps
Dans le tramway trop vide
Quelques feux d'innocence
Et quelques hommes seuls
Aux regards parisiens.
Bordeaux mon inconnue
Que j'aimais trop avant
De l'avoir reconnue
Et mille choses encore
Sous sa robe bourgeoise
Et son parler vulgaire
Peut-être trop sincère
Pour être honnête, mais
Je la veux dénudée
Je la veux vérité.

La Rochelle un dimanche
Un café bordelais
Deux pas du quai
Jeunes hommes et jeunes femmes
Dans la rue bien criarde
Rient de l'ennui
Le chiot du vagabond
Course les ombres
Une heure du soir, ou du matin
Un homme est ivre, il chante
La nuit qui rentre
Chez elle.
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Poésies - Voir les 3 commentaires
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