Lyla, te souviens-tu,
De nous, les yeux baissés,
Au front des Pyrénées ?
C'était là : savais-tu ?
Nous regardions la chaîne
Ici, et enchainés, assis,
Nous courbions aussi
L'échine.
Mais les chaines adorées
Dont nous avions nous-mêmes
Scellé chaque maillon
Ne nous dérangeaient pas.
J'étais poète, et toi
Peinture.
Moi j'étais écriture
Et toi tu étais Toi.
Nous regardions les vagues
Au rivage des cimes :
De lentes écumes blanches
Nous devaient marier.
La lumière était lasse
Le soir, de sa beauté,
Une douce lueur
Vint pour la remplacer.
Comme elle nous laissa place,
Nous nous sommes pâmés
D'être devenus astres
Au sommet
Des sommets.
Oh, souviens-toi, Lyla !
Comme nous étions fiers :
Toi penchée à mon bras
Moi pendu à ton coeur
Et moi qui me taisais
Et toi qui restais là
Assise, là, et moi, aussi
Assis, à regarder
S'allumer les dessins du ciel endolori.
Nous déposions dans l'herbe
Au flanc des dieux couchés,
Entre les liliacées,
Quelques gouttes sucrées
De salive de sueur de vapeurs ou d'émoi
Nous ne le savions pas,
Nous ne le savions pas.
En bas dans la vallée
Coulait une rivière
Et nous laissions aller
Nos larmes vers la mer,
Nous laissions aller nos larmes vers la mer.
La mer à des milliers de milliers d'envolées
Me paraissait rouler à côté ses murmures
Tout comme toi, Amour – est-ce bien ce nom-là
Qu'ont attribué les fous au principe du rêve ?
Et toi, Lyla, la mer les monts l'amour et moi
Nous sommes évanouis.
Te souviens-tu, Lyla ?
Ce n'est pas si lointain,
Cet hymen de roi
Date de ce matin :
Te souviens-tu, Lyla,
À l'aube, je rêvais,
Assoupi dans tes bras
Et tu me regardais.
Par M.D. Arakiri
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3
L'ouverture de ses lèvres, silencieuse et profonde,
Comme d'un puits marin où murmure le flot
Laisse monter vers moi des parfums animaux.
Un mystère vivant me pénètre et me sonde
Puis il happe mon âme et l'entraîne
Vers ce flanc qui réclame une dague.
J'entre ainsi qu'un ruisseau de venin dans la vague
Sur les berges de l'aine.
Par M.D. Arakiri
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2
Sur la terre des Hommes, espèce sans patience,
Où l'on brasse à présent, la matière, le temps,
Les peuples, les idées, les dogmes et les sciences
— Sans distinguer jamais la forme de l'essence —
Hommes et âmes noyés sous les attroupements
Regardent leurs destins qu'un mouvement balance.
Mais dans l'oscillation d'un trop peu long moment
Des Pères et des Fils se meuvent lentement.
Un regard les délivre, une vie les suspend
Hors du confus tumulte qui, au loin, reprend.
Par M.D. Arakiri
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