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L'auteur :
M.D. Arakiri
Lundi 2 juin 2008
    J'ai à vous parler de la guerre. Le fief humain des champs macabres.
   
    Le seul combat qui vaille est à mener contre soi-même. Pourtant, il est aussi le plus prisé des déserteurs. Car sa justice est lente et les lâches, condamnés cependant, ne sont pas fusillés lorsqu'ils tournent le dos à l'ennemi. L'homme y est un chien de faïence : rivé à l'oeil adverse sans l'affronter jamais. De la naissance au trépas ; au combat, mais loin du feu.
    Qu'ai-je vu en premier, sitôt subi le choc aveuglant du baptême de lumière, sous les néons criards de l'hôpital ? Ma douleur. Mon ennemi. Aucune douceur. Les mains gantées de latex d'un inconnu, blasé de soutirer la vie au ventre des hurleuses. Tous les jours, dix fois, vingt fois ; mille fois, nourrir l'insatiable appétit des civilisations avides de soldats et consommateurs en puissance. Avides de chair et de cervelle. Nos premiers cris sont leur hymne victorieux : « Encore un futur aphone ! » Il sera, comme les autres, gavé de slogans adipeux jusqu'à en perdre la parole, de flacons jusqu'à l'ivresse, de denrées jusqu'à ne plus pouvoir éprouver son corps, et bombardé de bêtise jusqu'à en oublier son Nom. Homme.
    L'infirmier te tire à lui, car tu es son salaire. Ta mère t'excrète hors d'elle, car tu es son rêve d'un avenir mieux accompli. Te voilà dualité : la Réalité te réclame, car ton sang est la monnaie de réserve du dollar, et le Rêve te mandate pour s'accomplir, survivre, se transmettre et se multiplier. Avant que tu ne soi, on a besoin de toi.
     Te voilà, juste né, avec deux uniformes. Tire juste sur l'autre, les gallons viendront, si tu ne te crèves pas déjà la peau. Méfie toi, tu n'en as que deux. Les autres, il faudra te les coudre. Te les inventer. Les rêver du fond de ta tranchée humide et purulente. Juste né, te voilà soldat sans gloire. Soldat de pluie tombé dans la gouttière du capital. Soldat de plomb changé en or par l'alchimie technologique. En pendant qu'un dard de métal t'injecte en sérum un potentiel de survie, ton nom est scandé, frappé machinalement sur les touches d'un faiseur-d'ordre. Tu es fiché, là, condamné à attendre, jusqu'à ce qu'une guerre de trop transforme l'Homme et ses excroissances sociales en champignon de fumée. Pas comestible. Toxique. Retourne à ton bunker.

    Tant d'errements pour éviter de s'affronter soi-même ! Le seul combat qui vaille l'effort d'être mené...
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Textes en prose - Voir les 2 commentaires
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Jeudi 29 mai 2008
    L'apaisement d'un être réside dans sa consécration à quelque chose de primordial à sa vie.
Puisque je ne puis démontrer ni prouver cette affirmation, je vous la livre. Démerdez-vous. Ces lois sont valables pour tout individu et toute collectivité constituant l'être, pour une part ou dans sa totalité.

    Quel chemin pour l'être ?

    S'il se consacre à lui-même, il ne pourra être en paix.
    S'il s'attarde sur ce qu'il a construit lui-même, il connaitra l'angoisse du vieillissement et le tourment.
    S'il se consacre à l'avenir, il vivra de frustration et souffrira la déception.
    Libre à lui de croire. Mais s'il se consacre à un Dieu, il souffrira de son indifférence. Dieu n'est pas primordial. Il est éternel. L'éternité n'appartient qu'à l'homme en paix.
    S'il se consacre aux croyances, aussi bien qu'à la vérité, soit il vivra d'illusion, soit il sera seul devant l'universel. Telles erreurs ni telles solitudes ne sont pas sans tourments.
    S'il se consacre au bonheur, il sera prisonnier d'un idéal. Si la privation est intrinsèque à l'existence humaine, l'idéal est tout de même un maton bien cruel : plus la liberté s'approche, plus il tape dur. Et ce raisonnement nous amène à comprendre que l'Idéal des idéals, c'est la mort.

    La science n'est pas primordiale à la vie. Il me semble que depuis des siècles l'humanité se consacre à la science. Peut-être est-ce l'effet pervers de la vie au présent qui me pousse à noter cela.

    Pourtant, je ne puis m'y consacrer.
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Textes en prose - Voir les 9 commentaires
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Samedi 29 mars 2008
    Pour l'instant, je ne fais que décortiquer une à une mes peines, mes souffrances ou mes émotions. Je les manie avec la prudence de celui qui promène un cierge jusqu'à son autel. Il n'y a pas de fil conduisant mon écriture : tout ce qui n'est pas morceau est bribe, comme est façonné un esprit adolescent où flottent et se mêlent dans le même brouillard désirs, rêves, pensées. Je pioche dans mon coeur et le hasard dicte à ma main.
    Puisque je ne serais pas poète, il faut que plus tard je trouve la force et la volonté de devenir écrivain. Tendre moi-même un fil où j'épinglerai rigoureusement, méthodiquement, mes souvenirs, pour qu'ils y sèchent comme l'encre sur les brouillons oubliés de mes anciennes insomnies. Je veux écrire des romans, construire des mondes, donner vie à des êtres formidables, tirer de mon néant des amours extraordinaires, avoir sur tous les spectateurs de mes pensées ce pouvoir suprême de vie et de mort. Pour l'instant, ils sont là, à me narguer comme la foule au théâtre vient narguer la scène, rire et vivre sa vie alors que devant elle un autre monde attend de pouvoir prendre forme. Dès que le rideau se lèvera, je veux jeter sur eux des éclairs foudroyants : je veux qu'ils soient surpris, voire même tétanisés, et qu'en reprenant leurs esprits ils deviennent eux-mêmes acteurs de Mon histoire.
    Je veux écrire des romans, pour que tout ait un sens, un début, une fin. Des histoires où j'abandonnerais un à un les éclats de mon coeur, à mesure que j'obtiendrai le recul nécessaire pour analyser ses échecs, leurs détonateurs, ses chutes autant que ses brisures ; à mesure que j'en ramasserai les morceaux épars sur le plancher de ma vie, en me rappelant pour chacun d'eux ce qu'il était, ce qu'il vécut, et comment il fut brisé.
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Textes en prose - Voir les 4 commentaires
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Samedi 29 mars 2008
    L'amoureux éprouve ce que nul avant lui n'a pu éprouver.

    Profitez de l'amour présent : jamais il n'a été vécu et ne le sera plus jamais. Aimer est la seule chose qui vous rende unique.
    Aimer, c'est ressentir quelque chose que le reste de l'humanité ne peut connaitre, c'est la naissance d'un sentiment nouveau, unique et irremplaçable.
    Être aimé est le lot commun. L'intensité et la manière varient, mais de tous les gens qui nous aiment ou qui nous ont aimé, aucun n'a pu sentir ce que nous avons nous-mêmes sentit, cette primeur unique de l'Amour.

    Amour est le nom universel donné à cette infinité de sentiments innommables dont aucun n'est semblable à l'autre.

    L'Amour vrai, c'est l'infini des singularités.
    Tout comme 1 n'égale pas 2 et que jamais 2 ne pourra égaler 1, jamais deux personnes ne pourront éprouver le même amour ni la même personne éprouver deux fois distinctes le même amour.  
    La dimension de l'Amour est autre que celle du temps, autre que celle de l'espace. Tout comme chaque point dans l'espace est singulier, chaque instant donné dans le temps est unique, chaque amour l'est également.

    Voyons ce que nous savons :

        - Vous occupez une position définie, un point qui est différent du point d'à côté et de tous les autres points de l'espace, et vous ne pouvez pas occuper un autre point tant que vous restez sur celui-ci.
        - Vous êtes immédiatement à un instant donné du temps qui n'est pas semblable au précédent ni au suivant, et vous ne pouvez pas vous « déplacer » vers un de ces deux instants, ni vers aucun autre.
        - Vous éprouvez un amour singulier, unique, qui n'est semblable à aucun autre amour. Tout comme votre position dans le Temps, votre position dans l'Espace : c'est votre position dans l'Amour.

    Vous pouvez croire éprouver cet amour indifféremment de votre position dans le temps et dans l'espace. Dans ses conditions :

        1°) Il serait possible d'éprouver le même amour dans différents points de l'espace à condition d'un déplacement dans cet espace.
        2°) Il serait possible d'éprouver le même amour à différents instants du temps à condition d'une continuité dans le temps.

    Mais que savons-nous de l'espace et du temps ?

        1°) Il est impossible d'occuper simultanément plusieurs points de l'espace. Or nous savons que l'univers est en extension ininterrompue. Donc même si je reste « fixe », je n'occupe pas le même point A à l'instant 0 et l'instant 1 différents. Il est impossible d'occuper un même point de l'espace à différents instants du temps
    Simplement, je ne peux pas être au même endroit à différents moments.

        2°) Il est impossible d'occuper simultanément plusieurs instants du temps. Or nous savons que le temps est ininterrompu. Sachant qu'il est impossible de rester « fixe » dans le temps, je ne peux donc pas occuper une position A et une position B différente à un même instant 0. Il est impossible d'occuper un même point du temps dans différentes positions de l'espace.
    Simplement, je ne peux pas être à deux endroits en même temps.


    J'occupe donc Un point A de l'espace à Un instant 0 du temps de sorte qu’A et 0 soit uniques et liés. En suite, j'occuperais Un point B de l'espace à Un instant 1, avec A différent de B et 0 différend de 1. et ainsi de suite à l'infini. Je ne peux pas être au point B à l'instant 0 ni être au point A à l'instant 1.  
    Il existe donc un lien entre chaque position unique et chaque instant unique. Le temps et l'espace sont deux indissociables.

    Si nous introduisons dans ce schéma le troisième paramètre lié aux deux précédents d'un amour donné instantané, il est clair que chaque amour, à chaque instant, à chaque endroit et pour chacun, est fondamentalement singulier et unique. L'amour au point A et à l'instant 0 de Madame M est donc absolument distinct de toutes les autres formes de l'Amour, y compris et surtout de l'amour au point B et à l'instant 1 de cette même Madame M. Liés par le temps, l'espace, et l'amour, nous sommes ainsi certains d'être des entités uniques et irremplaçables. Jamais deux fois semblables.

    Amour est le nom universel donné à cette infinité de sentiments innommables dont aucun n'est semblable à l'autre.


    Ainsi l'amoureux éprouve ce que nul avant lui n'a pu éprouver.

Par M.D. Arakiri - Publié dans : Textes en prose - Voir les 1 commentaires
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Mercredi 30 janvier 2008
 
        En quelques secondes, l'Homme est perceptible. Sensible. L'univers cognitif se déploie sur lui et instantanément débute sa croissance infinie. Infinie croissance intérieurement possible. Puisqu'en nous prend fin l'infinité possible. Mais c'est un autre point, qui sera développé ailleurs, tenons-le pour l'instant comme admis.
        En un instant, le désert esquisse un sourire. Voici qu'il nous regarde. Voici qu'il nous parle et nous dit : c'est mon visage, c'est ma voix. Celle-ci est légère, celui-là, flexible. Mais il a forme, bien que fragile, et elle sonne, bien que faiblement. Le désert n'est plus seulement un vocable. Il a posé en nous le souvenir d'une image, d'un son, d'une pensée. Il est un univers sensoriel unique, entier et indépendant. Dorénavant les vents et les tempêtes qui s'abattront sur lui n'auront plus prise sur nous. Son sable ne nous brûlera jamais plus le visage comme une armée d'étoiles déchues. Sa volonté ne dépendra plus que d'une bouche humide qui parle ou sourit dans notre imaginaire.
        L'imagination est la mémoire délirante des sens. L'inspiration, celle des émotions. Ainsi, elles se mêlent, comme se mêle à la brûlure une vive stupeur, comme se mêle au souvenir de la blessure, celui, hagard, d'une surprise inouïe ; et ainsi, blessés pour la première fois au bec de l'amour, nous parvient par des voies étranges le souvenir confus d'une brûlure qui nous semble encore vivre... bien vivante, bien fraiche même, juste à point survenue, pour que d'un coup le coeur nous brûle !
   
        Mémoire sans souvenirs. Mémoire constamment ranimée, mémoire vivace du coeur, imaginaire mêlé de visions délirantes !

        Mémoire d'un univers nouveau. Juste né du néant, ou de cendres encore chaudes. L'Homme. L'Homme perçu, non, juste aperçu l'espace d'un instant suffisant pourtant pour qu'en nous germe la graine endormie de la connaissance, et que la part sensible de vérité que nos sens sont à même d'éclairer s'illumine lentement ; un seul instant, l'Aube, début de l'ascension d'un astre dans les mystères du ciel.
        Lentement l'Homme devient. Ses arguments disparates, comme les membres d'un corps démantelé s'assemblent pour que naisse la Théorie. Que naissent la Croyance et la Foi. Et dans l'espace libre de sa pensée structurelle, commence alors l'expansion formidable de l'Homme dans l'individu1. Le silence creuse son temple, érige son cénotaphe, et la prière s'installe devant le sourire du désert. Il me semble alors que seulement naît l'homme. Pour qu'il n'y ait pas de confusion, prenons plutôt l'image suivante : c'est seulement à ce moment que l'Homme prend sa dimension. Que l'Homme nait dans un Espace-Temps.
        À partir de ce moment, l'abime se distingue lentement du sommet. Le gouffre en lui où se jette son ennui se creuse, et déjà s'érige la tour d'honneur de son intégrité, la statue de sa gloire. Sa pauvre gloire d'Homme. Il faudra pourtant qu'il supporte en lui les tensions et les forces mouvementées de la matière spatiale. Que ses pôles le forgent et non le démantèlent. Pour qu'il ne soit pas à nouveau de simples éclats épars, membres sans liens, de simples morceaux de corps dénués de cohérence. Dès lors, sa qualité d'Homme serait perdue. Car le fil des actes ne suffit pas à leur signification, même s'ils s'enchainent rationnellement. Il faut que leur tension soit constance de l'Être.
        Alors, l'Homme apparaît. C'est cet Homme-là que nous nous devons d'admirer. Plus justement le seul qui ne puisse pas échapper à notre admiration. Quels que soient son humilité et son désintérêt. Puisqu'il est aperçu, comme un secret trop longtemps tu qui s'est laissé dévoiler à notre regard, par l'entremise d'une porte baillant d'ennui. L'Homme, ce nouveau-né, émergé d'une conscience germant depuis des millénaires. Esquisse du pistil qui ensemencera l'univers. Premier échec, peut-être, des lendemains absolus.
        Je ne puis croire au hasard, le hasard ne dessine jamais de visage dans les dunes. C'est l'imagination qui s'en charge, merveilleuse complexité acquise, et je ne puis croire qu'elle le fut par hasard. Mais je crois en l'erreur et la crains. J'ai peur d'un échec. L'Échec. Homme devient vite, et ne trahit pas. Si, trahi toi même, tu sens perdue ta noblesse, alors reprend la bride lâchée du destin. Forge-toi. Ne laisse pas l'Humanité dissoudre ta qualité d'Homme. Rassemble en toi le disparate et forge l'Homme. Cherche la porte qui baille dont l'ennui dévoilera ton miroir. Éprouve la brûlure étrange de l'amour. Et deviens l'Homme.
   
        Le temps presse. Car elle risque de venir, la nuit de l'Homme.


1« Je crois que la primauté de l'Homme fonde la seule Égalité et la seule Liberté qui aient une signification. Je crois en l'égalité des droits de l'Homme à travers chaque individu. Et je crois que la Liberté est celle de l'ascension de l'Homme. Égalité n'est pas Identité. La Liberté n'est pas l'exaltation de l'individu contre l'Homme. Je combattrai quiconque prétendra asservir à un individu – comme à une masse d'individus – la liberté de l'Homme. » Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre 

 
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Textes en prose - Voir les 0 commentaires
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Mercredi 30 janvier 2008
        J'ai six ans. Bientôt sept, mais je n'aime pas compter. Je suis au cours préparatoire, j'aime beaucoup ma maitresse même si elle me fait peur un peu. Elle ne veut pas que parle avec mon voisin, mais c'est qu'il me fait rire, car il fait la grimace en me passant sa colle. Ah, j'oubliais le plus important : je suis amoureux d'Éléonore. La plus belle fille de ma classe. Tous les autres aussi sont amoureux d'elle, alors nous sommes copains, complices, adversaires et alliés, compagnons de galère. La seule fille de ma classe. Nous vouons le même culte à une même idole.
        Éléonore...

        Mais quand je sors de l'école, rien n'est comme d'habitude. Il se passe quelque chose. Mes parents ne sont pas encore arrivés, je crois que des gens crient, d'autres courent... Pourquoi ? Au lieu de prendre le chemin de chez moi, je m'avance sur la place devant l'école. Elle est bordée de grands platanes. Il me semble qu'ils sont plus grands qu'avant. Qu'ils se dressent pour me montrer le ciel, ce ciel tout à coup menaçant. Moi qui suis minuscule je m'aperçois soudain que ces colosses sont vulnérables. Ils tremblent avec moi.
        Et brusquement, la terre croule, soudainement le ciel craque. Un vrombissement recouvre le village dans l'oppressant ombrage du vacarme. Des avions passent en hurlant et de sourdes explosions retentissent, m'ébranlent, me pénètrent et s'emparent de moi. Je suis prisonnier de l'horreur.

        L'âcre ciel violet encercle l'incendie. Le bruit devient bombardement. Les avions filent en silence et les flammes brûlent sans cri. Lacérant les nuages ils font saigner le ciel. Une pulsation se fait sentir : il me semble qu'un coeur bat. Je ne l'entends pas, mais le sens, car je suis en lui. Et les platanes et le feu battent avec ce coeur, la place de l'église, le ciel, les flammes des avions se rétractent puis s'étendent pour alimenter le pouls d'un univers agonisant.
        Le temps est distendu. Je voudrais sauver quelque chose. Éléonore. Ma mère. Ma peau. Mais c'est la guerre.
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Textes en prose - Voir les 0 commentaires
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Mercredi 30 janvier 2008
        La liberté est une porte par laquelle nous sommes contraints de passer.

        N'est pas juste la punition immédiatement consécutive à l'acte punissable, car la part de contrainte d'un acte libre ne se dévoile qu'avec le temps. Le juste étant absolument infini, la justice se doit d'être latente. Et le crime historique nous paraît inévitable, puisqu'il est. Alors que le même cadavre, fraichement déposé devant nous, nous apparaît injustement éteint, comme ayant dû vivre encore. Le coupable devient surhumain à nos yeux, par ce pouvoir de mort — et par conséquent de vie — qu'il semble avoir, et par son apparente liberté, alors qu'il n'est qu'un instrument soumis à la contrainte. Au moment de l'acte, il était déjà prisonnier.
        Le crime est la plus sûre prison du criminel.

        Car il est de plus sûres prisons que celles de quatre murs. Plus froides que la morsure des chaines sur la peau. Plus sombres que la nuit souveraine du cercueil. Moins humaines que l'isolement. Plus intransigeantes encore que l'incurable infection.

        Ô, Forteresse des âmes ! Assiégée de miradors ! Fut-il, en tout enfer, plus lourdes murailles que les tiennes ?
        Ô, Temple d'éternité ! Cerclé d'eaux malveillantes ! Fut-il, en quelque saint asile, rempart plus fiable que les tiens ? Bien convaincue du contraire est l'éternité de mon âme, puisqu'assiégée tu la protège et fait siège de sa citadelle. Mais serait-il possible qu'elle veuille se soustraire à tes Lois ? Ô, siège des prisons, tu es la raison d'être des âmes enfermées.
        Ô, Remparts bien-aimés, Ô, Gangue, Ô, Murailles chéries ! Me serait impossible d'exister sans vous ! Qu'en est-il de mon évasion ? De l'imaginer, déjà, me voilà libre. Et sans toi, cellule bien-aimée, je ne l'aurai pu concevoir, cette Liberté de mon âme. Car elle n'existe pas. Les esprits n'errent ni ne sont contenus. On enferme des hommes puis on les libère. Mais je ne connais pas d'homme libre plus que d'homme prisonnier. Car la citadelle de l'âme est cette prison qui l'élève. Et je suis plus libre d'être enfermé sous le socle des étoiles qu'abandonné dans un désert sans ciel et dénué de directions. Car les étoiles m'indiquent qu'il est une prison pour mon corps, que cette prison a sa porte, et de connaître cette porte, je découvre ma Liberté, car de la concevoir, seulement, je deviens libre.
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Textes en prose - Voir les 1 commentaires
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Mercredi 9 janvier 2008

    Décembre, compte à rebours chocolaté. Nous avions déjà, en riant, dévalé le calendrier jusqu'aux sommets de tes plaisirs. Depuis quelques semaines, le fil des jours plongeait nos rêveries d'enfants dans le tourbillon de tes Fêtes, et derrière nous se comblaient, une à une, comme l'empreinte légère de nos pas dans la neige, les journées vides de l'hiver...
     Tout alentour semblait se remplir de cette faible odeur qui suintait du sapin, ce parfum des forêts pérennes au flanc de montagnes inconnues, encombrées de tous leurs mystères ; leurs grands bergers roulés dans l'épaisse laine des moutons, leurs meutes de prédateurs nocturnes et invisibles aux hurlements déchirants, leurs graines ensommeillées, maintenues dans des gangues d'hiver jusqu'à la floraison prochaine ; leurs légendes contées, au coin d'une bougie, sur des monstres aperçus autrefois dans leur ventre. Ce sapin-là savait toutes ces choses ; il avait vu toutes les bêtes et supporté toutes les neiges, toute la forêt s'était laissé piéger dans sa sève, pour répandre sur le salon cette incroyable odeur de rêve.

    Décembre, papier-cadeau des souvenirs. Nous avions six, huit ans tout au plus, Oh! nous étions l'immortelle jeunesse ! Les jeux dans la neige sont sans âge. Quoi ? que nous importaient les montagnes qui cerclaient le paysage ? il suffisait, pour les gravir, de traverser un ruisseau et d'escalader la colline vêtue de son drap nouveau ; dès lors s'éveillaient en elle les monstres et les légendes et nous nous dressions, fièrement, vainqueurs sur leur tête coupée !
    Chaque rocher était un trône immaculé, chaque branchage, plié sous le poids de son manteau de neige, ornait le plafond d'un palais - nous étions Rois d'un monde infiniment gelé.
    Puis, vers le soir, épuisés de nos mille conquêtes, nous rentrions vers la maison, le coeur lourd d'aventures, le regard bas mais plein d'une fière assurance, profondément changés par tant de découvertes. Les lumières des maisons colorées par le soir allumaient dans nos yeux l'éclat nouveau d'un songe. Une fois poussée la porte, nous avions laissé derrière nous les périples du froid, mais toujours les bras d'une mère universelle se trouvaient là pour nous envelopper de douceur, frictionner nos museaux gelés par le vent et nous n'avions qu'à boire, comme des nouveau-nés, ce lait qui déjà chaud n'attendait plus que nous.

       
    Décembre, guirlande du temps suspendu. Tu es un lent sommeil qui aspire les enfants et les emmènes sagement vers des univers merveilleux. On entre dans Noël comme dans un rêve : d'abord engourdi lentement par la fatigue puis trompé par nos sens envoûtés, on se laisse emporter par lui, bercé dans ses bras neigeux. Le rêve se propage en nous pour y modifier les couleurs, transformer le paysage : la nuit revêt son voile de lumière, le jour fait fleurir les flocons arrachés à leur froid sommeil ; et le réel s'estompe dans un feu d'artifice.
    C'est le temps qui s'arrête. Noël, grâce à toi, l'ennuyeux balancement du pendule devient une musique merveilleuse ! L'attente remplit chaque seconde d'un présent infini... Toute la nature des Hommes chante un cantique d'amour qui traverse les coeurs, triomphant des misères, car il restaure en nous l'enfant que chacun a perdu. C'est l'harmonie entrevue pour l'humanité en désordre.
    Devant la parure du sapin, un rire en nous se fait entendre. Les jouets sont des secrets murmurés à l'oreille qui attendent lentement le moment de se révéler, le moment de répandre leur joie pour étirer les sourires. Et nous n'avons plus d'âge. Nous sommes cet enfant, assis sur les tendres genoux de l'amour, et, rêvant d'un bonheur puéril, nous écoutons en silence la musique des rires latents. Ensemble, nous apprenons que le plus beau jouet offert est le temps qui s'écoule de nos petites mains blanches, paumes vers les étoiles, tendues pour recevoir.

    Ô, Décembre ! Printemps couvert de neige...



À ma famille, pour tout l'amour que j'ai reçu et tout l'amour que je reçois
Aux grands-parents, rois de la fête
Aux petits princes, mes cousins, reflets joueurs de mon enfance
Aux souvenirs qui me sont chers
À la vie
Passée, à venir

À mon père,
Je vous aime.
Joyeux Noël à tous...
Par M.D. Arakiri - Publié dans : Textes en prose - Voir les 0 commentaires
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Mardi 20 novembre 2007

        Car le temps s'abreuve des larmes. La première peine qui m'était échue, il l'a bue pour étancher sa soif, comme celles qui suivirent et celles qui suivront. Et ce chagrin était dividende des suivants. Ce premier chagrin...

        Celui précédant la raison. Celui sans forme et sans couleur, qui arrache au nouveau-né les hurlements que même l'homme, jusque dans son agonie et l'apogée de sa douleur, ne poussera jamais plus. La véritable peine inéluctablement connue par l'existence. Source première et unique des larmes. Car toutes les larmes naissent en elle. Bien sûr, elles trouveront mille chemins pour arriver jusqu'à tes yeux, les engorger de leur ferveur puis s'échapper enfin – ou plutôt laisser s'échapper leur message. Et ces mille chemins sont autant de rivières issues du même fleuve nourri par cette source unique, mais ce qui trompe ta raison c'est que tous convergent vers tes yeux. Alors, tu crois que tes yeux sont l'unité des larmes. Qu'ils sont but commun à la diversité. Tu crois parce que les larmes viennent toutes naître et mourir dans tes yeux, qu'ils sont finalité des larmes, de ces mille peines aux mille chemins. Alors que tes yeux ne sont que véhicule pour le message de la peine qui t'es singulière, mais qui est d'un message commun aux hommes. Car ce message est universel, et que pour le transmettre le langage du coeur est la peine et le langage des yeux, les larmes. Et l'homme avec son langage de mots a dit que les larmes étaient de la peine, que la peine était du coeur et ne trouvant raison au coeur il a décrété que le coeur était de l'homme. C'est un tort parce que le langage des mots ne peut exprimer ce qui relève de celui du coeur ni de celui des yeux. Car le langage n'est que véhicule d'un message. Mais celui des mots, la langue, a diversifié ses rôles à l'extrême, et ce rôle du langage s'est perdu, puisque le message échappe aux mots et à ce qu'ils cherchent à signifier.

        Car les pleurs sont message émis par les yeux. Transmis à Dieu par la prière, au coeur par l'empathie ou au sable par le désert. Et tes larmes se perdent parce qu'elles s'assèchent et que le désert les boit seul. Ainsi, tu te sens dépourvu. Mais c'est que tu ignores qu'elles n'étaient que véhicule et qu'elles sont mortes de ce que le message qu'elles contenaient a été transmit, ainsi elles n'avaient plus de raison de couler, et se sont asséchées. Comme se décompose la chrysalide qui a transmis au papillon le message. Et la chenille n'a pas à regretter la chrysalide, car elle n'est plus. Si tu déplores ces larmes et que tu les dis vaines, c'est que tu te crois chenille alors que tu es déjà papillon. Alors, tu pleures de ces larmes vides qui ne sont que regret. Et elles sont bien vaines. As-tu vu déjà la chrysalide se refermer dans l'espoir d'être à nouveau ventre de l'éphémère ? C'est sans espoir... et toi tu pleures, car tu es désespéré, que tu n'as pas vu l'envolée de ton papillon et que tu te refermes pour couver le vide. Vide de tes larmes, vide de ton coeur. De là ton désespoir stérile. Car le désespoir est seul espoir de ceux qui n'en ont plus. De là les mille peines qui convergent vers tes yeux, toutes issues de la même source. Le nouveau-né, lui, pleure de cette source pure. Car il n'a point la raison ni la déraison d'envisager tes folies. Et il pleure, car ses larmes sont langage des yeux pour exprimer la peine, et la peine est langage du coeur pour véhiculer le message.

        Toi, tu pleures, car en fait de transmettre le message, ton langage maladroit le traduit par des questions. Au lieu d'être la vie et de vivre, tu t'interroges sur elle. Et tu inventes le verbe, et tu veux dire la vie. Alors, tu conçois Dieu. Et parce que tu le crées tu te prives de lui.

Par Arakiri - Publié dans : Textes en prose - Voir les 1 commentaires
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Vendredi 19 octobre 2007
    Là où la conquête est élévation de l'âme, la possession devient bassesse. Car l'objet convoité ne supporterait pas d'être atteint. Il s'évanouit par la jouissance. Car la femme ou la nation qui se rend ou finit par être entièrement absorbée dans la conquête n'est plus digne d'avoir été désirée. Et tout s'effondre lorsque qu'elle passe sous notre emprise.
    Car là où le désir est construction par l'échec et durcissement par la persistance, le plaisir dans l'absorption et la dissolution de l'objet n'est plus que reflet de nous-mêmes au miroir dévoilant le visage de l'ennui.
    Et le désert se fait là où la fleur s'ouvrait. Car la conquête du ciel par l'arbre ou la fleur n'est jamais que partielle. Et pourtant, toute leur croissance est tournée vers le soleil. Ce qui rend la fleur si belle, c'est qu'elle désire le ciel de toute sa force de fleur et que jamais elle ne pourra ni l'atteindre, ni l'emplir totalement ni le posséder. C'est la supériorité de la fleur sur l'Homme. La beauté. Une vie de conquête et non de possession. Car si la fleur s'emparait du ciel, il n'y aurait plus de ciel pour l'abreuver elle-même de soleil, ni plus de raison pour la fleur de s'ouvrir et de croître, de soulever au matin sa robe de pétales pour dévoiler avec pudeur ce qu'abritait jalousement le tabernacle de son calice. Et tout serait gâché. Car la fleur ne serait plus fleur pour s'imprégner du ciel, et le ciel ne serait plus ciel pour imprégner la fleur. Ainsi de l'homme qui voudrait posséder la femme. Ainsi du colon s'emparant des nations. Ainsi de toute forme de conquête dégénérée en possession. Car l'épanouissement de la fleur en est la preuve, le désir de conquête suffit à la beauté.
    Toute possession est une absurde entrave aux lois de la nature. Une aberration. C'est la destruction de l'objet convoité sous prétexte de le conserver intact, alors que c'est l'inconstance qui l'avait rendu attirant. C'est la mort du désir. Vous qui désirez le bonheur, cesser de chercher à l'atteindre et contentez vous de l'aimer, c'est la seule façon que vous aurez de le connaître. Car vous ne l'obtiendrais jamais et pourtant vous serez heureux. Comme est heureuse la fleur amoureuse du soleil. Vous la verriez bien triste, et bien laide et bien fade, si son bonheur venait de ce qu'elle puisse tenir le soleil cloîtré sous ses pétales. Elle se fermerait sur elle-même dans l'espoir de le capturer, mais ne retiendrait que tristesse et désolation de l'ombre.
    Sachez aimer comme les fleurs, vous ouvrir pour laisser entrer la lumière sans chercher en vain à la garder en vous comme on garderait enfermé l'astre qui la dispense. Et seulement, vous serez heureux. Car le bonheur est de la fleur comme le désir du bonheur est de l'Homme.
Par Arakiri - Publié dans : Textes en prose - Voir les 1 commentaires
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