On croit pouvoir venir à bout des cycles qui frappent le cours de notre vie, au même point, exploitant la même faiblesse, avec la périodicité
implacable de la rotation d'un astre ; on croit sincèrement au bien-être définitif que l'imagination, féconde, élève...
Sommaire
Prose
Anthologie
Citations
Recueil : Les féeries
319/ La Baudelairienne (new)
318/...
Homme, Misérable, ta fraude fut trahie,
Quand, harpée, du rivage, la pensée, jailli,
De ta propre victoire — oh ! la pensée docile !
Fendue sur un étal, eut expiré sa bile ;
Cette opaque liqueur, teintée d'évanescence
Quand fut sûre, tranchée, attestée l'excellence...
Alice, Alice,
Tout semble
Si facile
Tout semble !
Alice,
Dans cet effluve
Tu es légère, légère
Comme le souffle
Alice, en jupe, Alice
La toute jeune Alice
Tout près, trop près,
Ton rire !
Alice, Alice,
Tu trembles
Mais déjà l'innocence
T'a...
Les yeux
Les yeux les beaux
Les plus beaux yeux
Les plus beaux yeux ne sont jamais
Ceux de celle que l'on regrette
Ceux de celle-là oubliée
Dont seul un regard est resté
Ni ceux de celle qui s'arrête
Pour les poser dedans les vôtres.
Les yeux sages les yeux fermés
Les yeux...
Enfoncer nos pas
Sur les vastes escaliers du granit rongé
Et sur la lande toute de bruyère neuve
Plus tard un dernier arbre
Ceuillir
Au dense tapis des genêts
Ce trésor posé là
Que l'ours brun dans sa marche de grâce
A oublié :
Une myrtille.
Bain de brimbelle pour nos...
Puisque nous sommes deux
Deux coeurs, deux êtres, deux !
Deux âmes sous l'averse
Et que rien ne renverse
Alors, je me rassure
Et je rase les murs
De la mélancolie
Pour éviter la pluie
Qui lave notre amour
Et suspend nos toujours
Sous le ciel ingénu
Au...
Paris sur la Montmartre
La ville est au balcon
Et les rues les bâtisses
Exhibent aux voyageurs
Leurs allures marâtres
Mais l'amoureux s'offusque
Et l'artiste se vend
La butte aux escaliers
Pourtant, le soir abrite
Lumières et restaurants
Un arbre et deux amants
Une photo de...
J'ai trois ans. Les mois s'arrachent des années aux saisons qui
comptent les jours.
Une forme se dessine: une prégnance sûre.
Un homme disait « Je. »,
L'autre répondit : « Moi. »
Tous deux se regardaient,
Mais ne se reconnurent.
L'homme répétait « je ! »
L'autre rétorquait : « moi ! »,
Et tous deux discutaient,
Mais ne s'entendaient pas.
...
De mon palais,
La fenêtre ne voit qu'une mer disparue. Les tuiles font la vague et déferlent du toit, et toi te trouvant là, emportée par le flot, te voilà devenue l'orange nymphe qui, nue,
chevauchant l'avalanche, lorsque...
Le soir, sur un trottoir trempé, un homme marche d'un pas sûr, avec l'allure d'un train qui passe. Il n'a pas
d'ombre.
Il vient d'une rue, la troisième, en partant derrière lui sur sa gauche.
Auparavant il a hésité...
Mais qui sont-ils, ces inconnus,
Ces fantômes aimés qui se moquent
Et tournoient au-dessus
De nos corps étendus ?
Eux dansent et parlent fort
Sur mon sommeil vaincu
Sur mes rêves d'été
Sur mes amoures déçues.
Ils piétinent ma tête
Sans jamais me connaitre
Au diable !...
Quelqu'un quelque part nous rassemble
Quelqu'un ou quelque chose
Quelqu'un qui sait pourquoi je tremble
Quelqu'un qui ose
Et nous ressemble
Un sens
Une force de l'ombre
Un colosse
Minuscule
Quelqu'un qui est
Latent.
Celui qui tire à lui la source
Celui qui soigne...
Si je voulais apprendre
J'ai tout à oublier
J'ai tout à essuyer
Avant que de reprendre
La route dépliée
J'ai tout à délier
Tous ceux que j'ai quittés
Se dressent derrière moi
Et sont les mains liées
Muraille de pantois
Comme un seul oublié
Autant de villageois
De mes...
Par les ventres assassins
Par le crime de main
Et par les charmes noirs
Des lettres de venin
Par l'effort du regret
Et la force d'un mais
Ou d'une invraisemblance
Par les sangs déliés
Et par une hécatombe
Sur le champ d'un seul brin
Une seule folle avoine
Fauchée...
Il me semble
Qu'un chien aboie
Contre la mort
Qui se rassemble
Le long des rayons d'Oméga ;
C'est le louveteau
Du remords
Aux abois
Qui demain dévorera
Nos charognes indolentes.
On dirait que la lune
Est là pour témoigner
Elle raconte une aurore
Qu'elle a vu...
Prends ce train sur son départ
Ce triste train
Suis sur ses voies le chemin
Voies du hasard
Prend ce train et sans retard
Attends l'arrêt
Où termine le trajet
Du train du soir
Un homme attendra...
Il est un autre univers
Où tout arrivera :
Ce qui fut ce qui fera ;
C'est l'envers.
Déversé par derrière,
Que deviendra
Deva
Sur l'autre Terre ?
Se peut-il que, déjà,
Demain se recompose,
Déjà, l'on ose,
Ce qui sera ?
Il n'est d'autre barrière
Que...
Je suis un anonyme
J'écris sans nom
Au nom
Des inconnus.
Parfois j'envie
La vie des noms
Voulaient-ils être
Patronymes ?
Je suis un anonyme
J'écris parfois
Quelques chansons,
Je ne chante pas
La Beauté.
Elle m'a trompé,
Je l'ai aimée,
Je l'ai quittée....
Tu sais, tu sais, j'ai trop triché,
J'ai trop triché jusqu'à naguère !
Neuf mois délicieux, dans ton ventre,
Antre des voeux ressuscités ;
Lit du secret, nid du pardon,
Ventre de l'amour déversé,
Nid de silence et d'abandon
Tressé pour nous dans la parade
De ces...
Anitya
L'impermanence
Une plume au bas d'un bosquet
Duḥkha
L'affliction
La mère est morte auprès du nid
Anātman
La vacuité
L'oiseau abrite le nuage
...
Tu peux laisser monter la brume à l'horizon,
Il n'y a rien de plus gris que le toit des usines.
Tu peux laisser le vent hurler sur la colline,
Rien n'est aussi strident que le cri du clairon.
Tu peux laisser flamber l'incendie du zénith,
Rien n'est aussi ardent que l'antre du...
Une chose est inquiétante, c'est l'échec ; mais une autre l'est plus encore : le succès
La chambre est vide
Là-bas
Elle dort
Elle attend
L'électricité d'un axone
D'une étreinte
Le coït des improbables.
La chambre est vide
Là-bas
Elle rêve
Elle se perd
Dans d'innommables visions
Dans la hantise
D'une passion.
La chambre est nue
Là-bas
Elle...
La nuit et moi étions amis
Depuis toujours
L'amour et moi sommes ennemis
Depuis hier
Hier la nuit était jolie
Plutôt légère
Mais plus jolie était ma mie...
Baudelaire a un nom qui hurle,
Verlaine un nom qui pleure,
Rimbaud un nom qui aime,
Char est un nom qui chante !
Hugo un nom qui pense.
Sartre a un nom affranchi,
Pascal a un nom savant,
Aristote aristocrate,
Platon un nom politique
Et Nietzsche un nom...
La lueur luit, la Lune est claire,
Mais le Soleil, oui, le Soleil ?
La fumée fume où le feu flambe
La foudre a le droit de noyer
La noyade de s'étoffer
Sous la chatterie de l'éclair
Lumine la lumière.
La fureur fuit, la Lune éclaire,
Mais le Soleil, lui, que fait-il?
...
J'ai à vous parler de la guerre. Le fief humain des champs macabres.
Le seul combat qui vaille est à mener contre soi-même. Pourtant, il est aussi le plus prisé des déserteurs. Car sa justice est lente et les lâches, condamnés...
Sur la place chauffée au soleil
Une fille s'est mise à danser
Elle tourne toujours pareille
Aux danseuses d'antiquités
Sur la ville il fait trop chaud
Hommes et femmes sont assoupis
Et regardent par le carreau
Cette fille qui danse à midi
Ainsi...
L'absence
Qu'avons-nous vu de moins
Qu'avons-nous emporté
Du ventre de l'enfance
Dans nos poches trouées ?
Des riens, des riens de toute chose :
C'est tout ce qui nous appartient.
Des riens, des riens à rassembler,
Moins que ce qui se peut compter
Sur les cinq amours...
Regarde derrière l'apparent
Juste là
Au bout des doigts
Tu ne peux rien atteindre
Rien.
L'impulsion est souveraine
Ma Reine
Ta peau est celle d'un chagrin
Cousue
Autour de la vie nue
Devî, Deva, l'« a » te va :
Absent des sens et non du sang.
...
L'apaisement d'un être réside dans sa consécration à quelque chose de primordial à sa vie.
Puisque je ne puis démontrer ni prouver cette affirmation, je vous la livre. Démerdez-vous. Ces lois sont valables pour tout individu et
toute collectivité constituant...
J'ai écorché mon souvenir.
Le spectre septembre a muté,
Tandis que semblaient devenir
Les rêves des réalités.
Mélancolie mais sans malice,
Quelle est cette horrible langueur ?
Les luxuriances du délice,
Aux ventres adipeux de vigueur !
Anesthésie - mais sans supplice...
Je pense à une autre que toi
Semblable en tous les points
Excepté en cela
Que je ne l'aime pas.
Je pense à une autre que toi
Assise
Sur mes genoux
Le cou
Animé d'un rire frivole
Des nénuphars
Brillant
Comme l'Étoile du nord
Sous ses paupières
Plissées d'amour....
Notre île, ton île, mon île
Devrons-nous parcourir le monde
Divaguer sur les eaux profondes
Avec tous ceux qui comme nous
Cherchent encore le Paradis
Brisants d'écume, grands oiseaux fous
Cette ile est belle, tu me l'as dit
Notre...
« Je veux qu'ils aiment les eaux vives des fontaines. Et la surface unie de l'orge verte recousue sur les craquelures
de l'été. Je veux qu'ils glorifient le retour des saisons. Je veux qu'ils se nourrissent, pareils à des fruits qui s'achèvent, de silence et de lenteur....
Je ne veux pas tomber dans la postérité :
Là réside la difficulté.
Je suis vivant
Je crois,
Contemporain.
Pourtant,
Je ne contemple rien
Et m'en contente
Bien.
Je crois en la Beauté.
En la plus inhumaine :
La Beauté
Renoncée.
Je ne veux pas quitter...
J'ai glissé dans tes bras
Comme on glisse du toit
Comme ça
Sans retenue
Sans avoir été prévenu
D'un coup
Les tuiles
Du ciel
Se sont dérobées sous mes pas
La tête
Les jambes
Sans dessus
Sans dessous
Je suis tombé en toi
Comme on tombe du toit.
J'ai glissé...
J'entends choquer les molécules
De chaque mot,
L'espace infini se recule
Dans sa coulisse.
Sous l'épiderme ensoleillé
Une piqure
Injecte l'orange liqueur
D'un peuple mûr.
L'astrale ondine est évanouie
Sur le silence
Et le ciel teint sa chevelure
De Terre bleuie....


