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Tu sais, tu sais, j'ai trop triché,
J'ai trop triché jusqu'à naguère !
Neuf mois délicieux, dans ton ventre,
Antre des voeux ressuscités ;
Lit du secret, nid du pardon,
Ventre de l'amour déversé,
Nid de silence et d'abandon
Tressé pour nous dans la parade
De ces noces sans pierreries.
Moi qui n'étais plus qu'embryon,
J'ai tout oublié, dans l'abri,
De l'enfance et des camarades.
Tout ce qu'alors j'avais appris
A disparu dans le sillon,
Des scélérates et tourbillons...
Souviens-toi que je n'étais rien
Et suis né avec notre amour !
Le Soleil — un matin de mai,
Une Nuit — l'infini d'un jour,
Première étreinte déliée ;
À l'horizon d'un océan
De silence :
Tes lèvres
Tremblent.
J'ai gonflé mes voiles au hasard
Des caprices du Balaguère
Et vogué, vogué dans la fièvre ;
Perdu en chemin la pudeur,
Perdu l'ennui, perdu la peur,
Perdu l'aiguille de mes heures,
Enfouis les sables dépassés ;
Et fuis les fables trépassées.
Mon navire n'a pas traversé.
L'équipage désenchanté
Cent fois sur les flots a péri :
La pieuvre Jalouse a hissé
Sur la coque livrée aux nuits
Ses hallebardes tentaculaires,
Menant par le fond le gréement
Et les matelots sous la terre.
La mer Désespoir à jeté
Sur les flancs, sa colère de houle,
Des jets d'écumes empoisonnées
Ont tiré mon fret dans la foule
Des monstruosités profondes.
Et l'orage de la Rancoeur,
Déchargé sur le mat sa foudre ;
La vague d'amour inféconde,
Arraché sept parts de mon coeur
Pour les gueules affamées de l'Hydre :
Le sang et l'eau mêlés de sel,
Festin sanglant de l'océan.
Ainsi, j'échouai sur une autre île
La poitrine ouverte aux oiseaux
Et les yeux fermés sur l'idylle.
Je rêvais.
C'est alors que, sur la jetée,
Dans les sables du Balaguère
J'ai senti s'approcher l'étoile
— Étoile de ma traversée !
Celle qui m'a voulu voguer
Jusqu'à son ilot désertique...
Sans le savoir, j'avais bien vu
Que ce mystérieux naufrage
Était écrit pour être lu :
Je devais en être la page,
La main studieuse et dévolue,
L'imagination dévorante,
La trainée aux parfums d'ombrage,
La proie, la victime étonnante ;
Je devais en être l'image,
Le sacrifice consacré.
Mais puisque le hasard est né
— Le silence était son berceau —
Tout fut dit dans l'amour
Et tout lu par les sens.
Les poètes sont morts !
Pourtant, l'enfance a survécu...
Après l'infernale épopée,
Malgré le fléau et la tombe
Je n'avais Rien
à regretter.
Ainsi, j'échouai sur la seule île
Où l'amour, enfin, m'attendait !
L'île que tant j'avais rêvée,
Îlot des songes sibyllins ;
Mon avenir indéchiffrable !
Dont les cieux nocturnes sont noirs :
Couleur des passions délectables,
Aquarelle crinière aquilaine,
Couleur de la chair consommée
À l'obscurité d'une alcôve,
Illuminée par l'astre unique,
Météore de la Passion !
Le Regard de mon épuisée
Éclair ébène et romantique
Déraciné de la raison.
L'espoir t'a faite messagère,
Toi, latente stupéfaction
La Belle au souffle Balaguère
Ma Chair ma Soeur et mon Frisson,
Suspendu aux lèvres aimées.
Je n'ai jamais aimé, jamais
Je n'ai jamais pleuré, jamais
Plus de songeries mensongères !
Je n'ai rien à perdre, à jeter :
J'écluse le nectar d'étoile,
L'Ivresse, ivresse revenue
Ma Chair dans ta Chair apparue.
Tu es ma passion retenue,
Aucune ombre sur mes regrets ;
Ma vie vendue pour un baiser
Ma vie, à tes pieds, dévolue.