Pour l'instant, je ne fais que décortiquer une à une mes peines, mes souffrances ou mes émotions. Je les manie avec
la prudence de celui qui promène un cierge jusqu'à son autel. Il n'y a pas de fil conduisant mon écriture : tout ce qui n'est pas morceau est bribe, comme est façonné un esprit adolescent où
flottent et se mêlent dans le même brouillard désirs, rêves, pensées. Je pioche dans mon coeur et le hasard dicte à ma main.
Puisque je ne serais pas poète, il faut que plus tard je trouve la force et la volonté de devenir écrivain. Tendre moi-même un fil où j'épinglerai rigoureusement,
méthodiquement, mes souvenirs, pour qu'ils y sèchent comme l'encre sur les brouillons oubliés de mes anciennes insomnies. Je veux écrire des romans, construire des mondes, donner vie à des êtres
formidables, tirer de mon néant des amours extraordinaires, avoir sur tous les spectateurs de mes pensées ce pouvoir suprême de vie et de mort. Pour l'instant, ils sont là, à me narguer comme la
foule au théâtre vient narguer la scène, rire et vivre sa vie alors que devant elle un autre monde attend de pouvoir prendre forme. Dès que le rideau se lèvera, je veux jeter sur eux des éclairs
foudroyants : je veux qu'ils soient surpris, voire même tétanisés, et qu'en reprenant leurs esprits ils deviennent eux-mêmes acteurs de Mon histoire.
Je veux écrire des romans, pour que tout ait un sens, un début, une fin. Des histoires où j'abandonnerais un à un les éclats de mon coeur, à mesure que j'obtiendrai le recul
nécessaire pour analyser ses échecs, leurs détonateurs, ses chutes autant que ses brisures ; à mesure que j'en ramasserai les morceaux épars sur le plancher de ma vie, en me rappelant pour
chacun d'eux ce qu'il était, ce qu'il vécut, et comment il fut brisé.
Par M.D. Arakiri
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Publié dans : Textes en prose
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