Soeurs,
Nos âmes se
Croisent sans que
Nos corps ne se
Touchent jamais
Nos
Mots s'entendent
Sans hausser ton
Se confrontent
Sans se froisser
Si
Mon silence
Moins que le tien
Marqué d'écarts
Cache l'amour
Que
Je me taise
Enfin.
Unis, faisons
Chemin...
Alors que je chantonnais
L'amour gâté de l'hiver,
Dans les rues de ma ville
J'ai croisé l'Incrédule
Il prit soin de m'informer,
Comme mon coeur chantait faux,
Qu'il fallait qu'il se taise
Afin que lui me dise :
« Savez-vous des “toujours”
Qui n’aient pas débutés
Il y a un temps, un jour,
À un moment donné ?
Visez-vous des “jamais”
Nés, que la fin ignore ;
Qui pour l’éternité
Éviteront la mort ?
Avez-vous vu l’amour
Cru ce qui dans vos yeux
Cathodiques naguère,
Miroitait l’éraflure ?
Exempts de sens sont
Ces mots à mots mentis,
Ces moments indécis,
Ces romans, ces chansons !
L’amour n’existe pas
Plus jamais que toujours
“Encore, ici, là-bas” ?
Sous ses draps de velours
Meurent les illusoires,
Fausses déclarations,
Sur le fil des rasoirs :
Suspendue la raison
Des strophes illustrées
Aux couleurs affables
Qui ne croient plus aux fées,
Aux faits plus qu’aux fables !
Mais bien moins à la vie
Qu’aux mots de poésie
Plus aux rêves gâchés
Qu’à ceux-là, esquissés »
Déclarations ternies : mes mots coulent sur elle
Adoucis par mes soins, ils glissent, puis s’enfuient
Mes phrases comme l’eau sur la pierre polie
Travaillent doucement, rongent son voilage
Mais leur labeur parait une tâche stérile.
L'oeuvre de l’érosion prendrait mille ans de trop
Pour qu’à son bord enfin elle me laisse partir
Et ses voiles usées, nous n’irions pas bien loin.
Ô comme mon effort peut s’avérer succinct !
Il est beau en effet, son prétentieux navire
Et rien ne me permet de l’atteindre bientôt.
Dois-je nous laisser faire chacun notre chemin,
La laisser voguer vers l’aventure isolée
Et rester sur terre, pataugeant dans ma boue ?
Ou persévérer dans cette course vaine,
Saisir à la nage le flanc de son esquif,
Me hisser sur le pont sans quérir l'asile
Au capitaine furieux du vaisseau élancé ?
M'acharner sur le sort de cette caravelle
La couler par amour, empêcher son départ !
User de mes canons, et percer à son aile
De mots abrupts et secs — munitions habiles —
Des trous pour l'empêcher de quitter mon asile
Qu’elle reste clouée à fond de cale au port...
Dois-je me faire aimer, plus âprement agir,
Pour qu'un jour je puisse, enfin n'en plus rêver :
Espérer atteindre son coeur si bien gardé ?
Calme, serein,
Panse pleine
Et oeil éteint,
Je digère.
Comme le bovin
Ensommeillé
Qu'on a gavé,
Enfariné :
Je somnole
En ruminant
Herbes folles,
Vins et gnôles...
Passivement,
Me satisfait
Des machines
À remâcher
Les aliments
Prédigérés
Que la veille
J'ai déféqué !
Dans mon auge
On me ressert
Au petit dej'
La merde d'hier
Je dis : « merci »
Et je souris
Je patauge
Et je remange
Je rechigne :
On m'oblige.
Je re-chie,
Je remange...


