Textes

Dimanche 30 septembre 2007
Après les heures vertigineuses,
Désolation revient le soir
Remplir des paniers de mouchoirs
Gorgés de lacrymales joueuses ;
Salines sécrétions hissées
Du coeur vers l'âme et d'âme aux yeux
S'écoulant au siège des cieux
Une fois la passion blessée.

Après l'agonisant espoir,
Tristesse s'estompe aux heures creuses,
Sur le seuil ainsi que voleuse
Elle fuit sans lâcher bonsoir ;
Nous laisse au hasard facétieux
D'un avenir abandonné,
Sans un regard vers l'oublié :
Rien que le remords et l'odieux.

Après le règne de l'oubli,
Sous le sépulcre souvenir
Se laissent sans bruit dévêtir
L'espoir et la tristesse enfouis.
Depuis la tempête, la paix.
Le silence a repris son droit ;
Sur les ruines, s'élève en roi,
Pour nous obliger le respect.

Après un ultime soupir,
L'âme lasse a laissé l'envie
Pourrir dans les miasmes ravis,
Purulent d'un ancien empire
Accablé de son propre poids :
Autrefois fièrement dressé,
Aujourd'hui, cendres calcinées
Sous la bannière et sous la croix.
par Arakiri publié dans : Poésies
Dimanche 30 septembre 2007
La seule chose qui place le pénitent infiniment plus bas que le solitaire sur l'échelle du mérite, c'est la confession.
par Arakiri publié dans : Pensées
Mardi 25 septembre 2007
C'est en rêve que l'on revient
Peu à peu des pèlerinages
Qui le jour nous mènent trop loin,
Trop loin, de mirage en mirage

C'est en rêve que le coeur prie,
Ses voies nous sont impénétrables ;
Aux prières du coeur endormi
Répondent les songes ineffables

C'est en rêve que tout commence
En rêve aussi que se terminent
Les routes sombres de l'errance
Où les passants font triste mine

C'est en rêve que je l'ai vu
La première et la dernière fois :
Était-elle de blanc vêtu,
Ou de noir ? je ne le sais pas...

C'est en rêve que l'on s'attache
Aux papillons des années folles,
On s'accroche comme des lâches
À nos ambitions toutes molles

C'est en rêve que l'on revoit
Les visages des disparus
Quand ils nous disaient autrefois
Ce qu'ils ne diront jamais plus

C'est en rêve que l'on revit
Le bonheur qui nous a déçus,
En rêvant que l'on reconstruit
L'espoir et l'avenir perdus

Quand le vent souffle les bougies,
Les paupières ferment sur les yeux
Une porte chargée d'oubli :
C'est en rêvant que l'on vit vieux...
par Arakiri publié dans : Poésies
Jeudi 20 septembre 2007
De demain en demain l'amour fera le monde.
Si dignes sont les âmes où cet espoir persiste !
Sur l'expression figée des visages optimistes,
La peur creusera-t-elle sa ride profonde ?

De demain en demain l'amour fera les Hommes.
Ah, comme je voudrais leur accorder raison !
Si belle est la pensée de vivre à l'unisson,
Il ne faut plus ainsi se mentir à soi-même !

De demain en demain l'amour fera le monde.
Quoi donc est cette force qui les rend si fiers !
Quelle foi seigneuriale est scellée à leurs fers,
Trainant comme fardeau l'utopie moribonde ?

De demain en demain l'amour fera les Hommes.
Allons, combien sont-ils à y croire toujours ?
Ont-ils si peur de Dieu ? Qu'ont-ils vu de l'amour ?
Rien que des inepties inscrites dans les psaumes !

De demain en demain l'amour fera le monde.
Mais il est, savez-vous, le pire des fléaux !
Comment les âmes aimantes échafaudées si haut,
Pourraient-elles éviter de chuter dans l'immonde ?

De demain en demain l'amour fera les Hommes.
Soit ! C'est après-demain qu'ils en payeront le prix :
Survivant dans les miasmes de l'idolâtrie,
Diront d'hier en hier, l'amour a fui les Hommes.
par Arakiri publié dans : Poésies
Samedi 15 septembre 2007
« Nous n'habitons pas des régions. Nous n'habitons même pas la terre. Le coeur de ceux que nous aimons est notre vraie demeure. »
Christian Bobin
par Arakiri publié dans : Citations
Vendredi 14 septembre 2007
L'histoire qui suit paraitra triste
Surement à ceux dont le coeur fuit
Depuis toujours à l'improviste
Les heures longues de l'ennui :

C'est celle d'un enfant du monde
Comme les autres, plein de rires,
Effrayé quand l'orage gronde
Au loin des larmes d'avenir ;

Ivre des douces maladresses
Que l'amour dicte aux néophytes
Dont les bras chargés de tendresse
S'ouvrent sur des rêves insolites ;

Cet enfant jouait autrefois
Sur le sable de ses chagrins
Car dans l'explosion de sa joie
Il ignorait tout du destin !

Hélas, et peut-être en avance,
Le temps a retourné sa veste
Assourdissant son insouciance
- Que maudite soit donc cette peste !

Car l'enfant repose à présent
Auprès de ses espoirs perdus
Dans un tombeau de chair battant,
Une âme qui ne tremble plus...

Il est mort dans le coeur d'un homme,
Néophyte désabusé,
Là où s'abritent les fantômes
De ses souvenirs déchirés.

De lui plus rien n'a subsisté,
Ni postérité ni poussière,
Après que l'amour soit passé
Par l'ombre d'une vie d'hier.

L'homme maintenant vagabonde,
Sans héritage ni passé,
Il regarde fuir les secondes
Qui le séparaient des regrets.

Il va, marchant au désespoir,
Dans ce monde ou plus rien ne reste
Que cette douleur de mémoire
Qu'ont les existences égoïstes ;

Il ne vit plus pour un bonheur :
L'espoir de celui-ci est mort,
Il n'aime plus, jamais ne pleure,
Jamais ne condamne le sort !

Cet homme-là sera déçu
Si l'idée de croire le prend,
Cette âme-là est sans issue,
Coincée dans la toile tourment ;

Ni Dieu ni l'amour ne l'aideront
Il restera toujours errant,
Décrivant dans le ciel des ronds
Avec son regard de mourant.

Ainsi, cette histoire est sans fin,
Sachez la lire sans tristesse
Car c'est la peine de chacun
D'atteindre la morne vieillesse.
par Arakiri publié dans : Poésies
Mardi 11 septembre 2007

La Ville, à l'ombre de ses rues,
S'endort tranquille.
Le pavé glissant de la rue
Couvre la ville.

La ville, aux abords de ses toits
Hisse les tuiles ;
Depuis les gouttières aux abois
Coule la ville.

La ville, au bout de ses impasses
Laisse un asile
Aux habitants des journées lasses
En pleine ville.

La ville, au détour des avenues
Reste indocile
Pour le voyageur inconnu
De cette ville.

La ville, depuis de vieilles pierres
Tisse ses fils
Entre les lourdes maisons fières
Du centre-ville.

La ville, aux bordures des trottoirs
Baisse les cils ;
De ses grands yeux de goudron noir,
Pleure la ville.

La ville maquille ses allées
Où fleurs défilent,
Abritant des arbres isolés
En coeur de ville.

La ville garde en elle un port,
Une vielle île,
Où les marins prennent le bord
Vers d'autres villes.

La ville a son obscur égout
- Mais pas stérile -
Laissant suinter rage ou dégout
Contre la ville.

La ville, en face des faubourgs
Et de profil,
Détaille aux routes les contours
Cernant la ville.

La ville, avec ses hautes tours,
Reines immobiles,
Touchant en dernier l'horizon
Depuis la ville ;

La ville, sous les arcs-en-ciel,
Cache l'idylle
Regretté des temps ou bien belle
Était la Ville.
par Arakiri publié dans : Poésies
Mardi 11 septembre 2007

L'enfance est condamnée dès le premier baiser,

Arrêt de mort de l'insouciance.
Le plus grand des plaisirs, bien qu'à peine effleuré
Appelle les premières souffrances.

Demain s'ouvre le vide avalant la mémoire,
Le bonheur présent est aveugle ;
Ni la nuit ni le jour ne combattent l'amour,
Ils sont acculés dans les angles.

L'enfance est condamnée dès le premier baiser :
C'est le début de l'épilogue
De ce bonheur sans tache qui la maintenait
Jusqu'alors tenue dans sa gangue.
par Arakiri publié dans : Poésies
Mardi 11 septembre 2007


Y en a qui ont le cœur si large

Qu'on y entre sans frapper
Y en a qui ont le cœur si large
Qu'on en voit que la moitié

Y en a qui ont le cœur si frêle
Qu'on le briserait du doigt
Y en qui ont le cœur trop frêle
Pour vivre comme toi et moi

Z'ont pleins de fleurs dans les yeux
Les yeux à fleur de peur
De peur de manquer l'heure
Qui conduit à Paris

Y en a qui ont le cœur si tendre
Qu'y reposent les mésanges
Y en qui ont le cœur trop tendre
Moitié hommes et moitié anges

Y en a qui ont le cœur si vaste
Qu'ils sont toujours en voyage
Y en a qui ont le cœur trop vaste
Pour se priver de mirages

Z'ont pleins de fleurs dans les yeux
Les yeux à fleur de peur
De peur de manquer l'heure
Qui conduit à Paris

Y en a qui ont le cœur dehors
Et ne peuvent que l'offrir
Le cœur tellement dehors
Qu'ils sont tous à s'en servir

Celui-là a le cœur dehors
Et si frèle et si tendre
Que maudit soient les arbres morts
Qui ne pourraient point l'entendre

A pleines fleurs dans les yeux
Les yeux à fleur de peur
De peur de manquer l'heure
Qui conduit à Paris


Jacques Brel
par Arakiri publié dans : Chansons
Lundi 10 septembre 2007

Supplice de l'insecte coincé dans la soie,

Pénétré lentement d'un funeste venin,
Dont le corps furieux tressaille et se déploie
Puis se plie, se débat, acharné - mais en vain.

Émerveillement du germe éclos dans la rosée ;
Frêle morceau de vie, tige nue sous la terre,
Prince se voyant roi, couronné par les blés,
S'abreuvant au soleil de cette ivre nature.

Joie de la vie donnée ! Peine de celle due !
Agonie de la proie soudainement saisie,
Jouissance de la lionne et du lionceau repus,
Dignité dans la mort et dans la barbarie !

Luminescente extase, au soir érubescent,
Du ciel en se noyant vers l'horizon confus
Sur la mer endormie où le Soleil descend
Quand de roses nuages au loin sont apparus.

Profondeur du sommeil, étrangeté nocturne,
Frémissement des êtres obscurs et ténébreux ;
Univers de ces nuits aux rêveries diurnes
Dans lequel l'âme est seule maitresse des lieux.

Silences étoilés des ballets migrateurs,
Caresses de la brise, caprices des marées,
Explosions des volcans, colères des profondeurs,
Douceurs de l'herbe nue, gifles de l'air gelé...

Il semble à tout instant que Nature t'ait volé !
Chacun de ses spectacles me rappelle à toi :
Bien qu'essayant sans cesse de te ressembler,
Sa Cruelle Beauté n'est qu'un terne plagiat.
par Arakiri publié dans : Poésies
Dimanche 9 septembre 2007
Elle a fait son chemin
Cette idée que voici
Elle a fait du chemin
Pour arriver ici

Elle a vaincu la peur
Traversé l'insomnie
Combattu la torpeur
Et bravé la folie

Elle a marché longtemps
Sur les routes de nuit
Vogué contre le vent
Sur la mer en furie

Elle vient d'on ne sait où
En quelque vieil Enfer
Elle est allée partout
Sous le ciel et la terre

Elle a fait son chemin
Cette idée que voici
Elle a croisé matin
Le tracé de sa vie

Elle a pris son destin
Un jour que démunie
En regardant ses mains
Elle les en a emplies

Elle a gardé en vue
La lueur des bougies
Allumées dans les nues
Constellant l'infini

Elle a su tenir bon
Malgré l'espoir enfui
Accepter l'affliction
De la foi évanouie

Elle a perdu le nord
Puis dérivé ainsi
Que le songe d'un mort
Elle a pleuré aussi

Elle a fait son chemin
Cette idée que voici
Elle est venue de loin
Pour disparaître ici
par Arakiri publié dans : Poésies
Dimanche 9 septembre 2007
Toi, mon infidèle,
Élue de ma joie
Source de mes peines
Allons, reprends-moi !

Ouvre grand tes ailes !
Que l'amour déploie
Son plumage frêle
Et le rende Roi,

Maitre de mon Ciel,
Pour que sous sa loi
Juste mais cruelle
À nouveau je sois !

Que, majestueux,
Ton vol se poursuive
Pour qu'en bas, des yeux
De loin, je le suive,

Et que sous son voile
Masquant le soleil,
Rayonne l'étoile
Des lunes sans miel.

Je veux voir briller
Cette grande étoile
Meme coeur brisé,
Enfoui sous le sol

Je veux voir souvent
Ces deux étincelles
De tes yeux d'avant
Qui te rendaient Belle !

Je veux souvenirs
Et d'espoirs mêlés;
Passés, à venir,
Pour te ramener...

Allons, reprends-moi,
Il reste du sang
Dans ces veines-là,
Nous avons le temps !
par Arakiri publié dans : Poésies
Samedi 8 septembre 2007

    N'est-ce pas étrange de se dire que l'on a pu croiser l'amour dans la rue et ne garder de lui qu'un vague parfum, flottant pendant quelques instants autour de l'âme encore toute bercée par l'ignorance du destin, ne garder parfois que l'ombre spectrale d'un souvenir, pas même les traits d'un visage si beau et si marqué par le hasard d'un avenir - perdu quelques secondes plus tard - au détour d'un boulevard, lorsque la solitude de la marche a déjà repris de ce rêve toutes les bribes sensitives de notre émotion ; lorsque l'on perd si vite cet ensemble intègre de vie, du bonheur soucieux de l'avenir, d'espoir mêlé de doute, de plénitude ; cette ombre, cette existence qui ne nous avait encore jamais appartenu, mais qui de droit était à la fois notre dû et notre devenir ?

 
Mercredi 5 septembre 2007
Debout face à cette ombre
Les yeux braqués vers l'est
Au fait du crépuscule

Où sur sa propre tombe
Un rayon a posé
Son ultime regard

L'âme tint immobile
Ainsi qu'une montagne
Hermétique au tourment.

Monolithe impassible,
Taillé au rouge à lèvres
À même la chair neuve

Sans plus sève ni sang
D'un coeur coagulé
Par les durs sédiments

De mille autres, brisés,
De mille petits êtres
Et de joies avortées ;

Ce coeur est sans lumière.
Qui céda le premier,
Lui ou l'hôte de chair ?

Qui des deux figea l'autre,
Lequel se laissa prendre
Et vit son sort scellé ?

Inertie ou torpeur,
Quelle fut la première
À condamner cette âme ?

Qui, fixée maintenant,
Seule et sans osciller
Contemple face au vent

Un tombeau grand ouvert
Où succombent et reposent
Ses rêves éternels.
par Arakiri publié dans : Poésies
Mardi 4 septembre 2007

Tout porte à croire
Qu'on laisse faire,
Qu'on porte en terre
Toute mémoire.

Tout porte à croire
Qu'on laisse taire
Le coeur en l'air
Toute l'Histoire.

L'espoir
En terre
D'Oubli
Enterre
L'oubli
D'Espoir


Tout porte à croire
Qu'on laisse dire,
Qu'on porte en terre
Tout un Empire.

Tout porte à croire
Qu'on laisse fuir,
Qu'on met en bière
Les souvenirs.

L'oubli
En terre
D'Espoir
Enterre
L'espoir
D'Oubli
par Arakiri publié dans : Poésies

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