A vraiment quelle soirée celle là je m’en rappellerait
Et si je ne pouvais plus, ça serait mon estomac
Ou mon cancer du foie qui le feraient pour moi !
T'en fais pas qu’il seraient là pour me dire ce que j’ai bu
Même si je ne sais plus,
Pour me dire que j’ai bu
Même si je ne le sais plus….
J’ai le foie tout brillant d’un poivrot de quarante ans
Il encaisse gentiment du lundi au lundi
De la bière à l’eau de vie en passant par le vin blanc
Et les par les premiers prix des rosés de monoprix
Une fois par mois, il me fait une surprise
Devrait-on dire une crise : ça me fout même plus les fois
Et dans une ruelle sombre juste derrière les commerces
Loin de l’agitation, des lumières et du bruit
Il me refait goûter à sa sauce maison :
Ça donne une nouvelle vie au poisson
Sans citron que j’avais bouffé jeudi !
Fait chier il est minuit passé, on est dimanche
Ça veut dire que demain c’est lundi on rembauche
A 8h… il faudrait que je désoûle plus vite
Sinon ça risque d’être glauque…
Ah, si je m’écoutais je serai déjà rentré,
Depuis longtemps chez moi
Mais bon « j’suis pas comme ça »
Faut que je retrouve les autres éparpillés en ville
Pourvus qu’ils soient entiers
J’assume plus les blessés
Pourvus qu’ils soient entiers
J’assume plus les blessés…
A vraiment quelle soirée celle là je m’en rappellerait
Et si je ne pouvais plus, ça serait bien mes amis
Où des passants hilares qui le feraient pour moi !
Tu n’en fais pas qu’il seraient là pour me dire ce que j’ai bu
Même si je ne sais plus
Pour me dire que j’ai bu
Même si je ne le sais plus…
Mon compagnon fluo ne m’a pas laissé tomber
Il me tient compagnie jusqu'à la fin de soirée
J’ai des bouts de vomi qui collent entre les dents
C’est super pour draguer surtout quand l’odeur suit
« Merde, encore des relents ! Pas contente ?
Je comprends ! Je suis vraiment désolé si je me suis permit
De te redécorer du sac au décolleté. Ce n’est pas tout,
Mais j’y vais, j’ai perdu mes amis
À plus tard bonne soirée »
J’ai perdu mes amis
À plus tard bonne soirée…
C’est à ce moment là, tout seul sur le vieux port
Et complètement bourré ! Que même les belles chaussures
Du flic qui m’interpellent, pataugeant dans ma gerbe
Me font plus rigoler ! Faut vraiment s’inquiéter
Car j’en prend pour mon grade et j‘ai plus mes papiers
« Ha c’est vrai c’est l’autre con qui voulais des capotes
Il à pas du se gêner pour prendre mon porte monnaie »
J’ai vomi sur la porte, la poignée la banquette
De la bagnole de flic, « je les avais prévenus » !
Que depuis que je suis tout petit le manège me chamboulle
C’est un fait avéré, le pire c’est que j’ai eu
Un deuxième tour gratuit dans le camion de pompier
J’étais en train de prier pour ne pas m’en taper
Un autre en hélico, direction l’hôpital
De Bordeaux en express pour une greffe illico
Un nouveau foie tout beau
Pour une greffe illico
Un nouveau foie tout beau….
A vraiment quelle soirée celle là je m’en rappellerait
Et si je ne pouvais plus, ça serait mon médecin
Où l’infirmier de garde qui le feraient pour moi !
Tu n’en fais pas qu’il seraient là pour me dire ce que j’ai bu
Même si je ne sais plus
Pour me dire que j’ai bu
Même si je ne le sais plus…
Il est 16h40 l’infirmière devant moi
Me demande si ça va, je suis tellement surpris
Que je ne lui réponds pas
« Qu’est ce que j’ai fait hier soir,
Bon dieu qu’est ce que je fout là !? »
_ « Non vraiment désolé, je m’appelle pas Nicolas »
_ « C’est ce que vous avez dit entre deux mots gentils
À l’infirmier d’en bas. A ce propos il à du éponger votre vomi
Sur le bureau de l’accueil, il n’était pas ravi.
On vas peu être vous garder pour quelques examens…»
Je l’interromps «c’est gentil mais ça vas je voudrais rentrer chez moi »
_ « Deux minutes, partez pas il à les messieurs en bleu
Qu’on laissé ça pour vous »
Il à les messieurs en bleu
Qu’on laissé ça pour vous ….
Sur le procès verbal c’est écrit noir sur blanc
J’ai accusé la mère d’un agent policier
D’avoir échangé sa précieuse pureté
Contre des billets verts, dans le bois de Boulogne
Pas très réglementaires… Corruption ? C’est un bien
Savant mot il me semble, Je sait pas ce qui ma prit
J’aurai du m’en douter : un enfant de putain
Ça ne prend pas les pots de vins. Je lui ai juste proposé
De descendre boire un pot !
Je lui ai juste proposé
De descendre boire un pot….
A vraiment quelle soirée celle là je m’en rappellerait
Et si je ne pouvais plus, ça serait le juge d’instruction
Et les milliers de témoins qui le feraient pour moi !
Tu n’en fais pas qu’il seraient là pour me dire ce que j’ai bu
Même si je ne sais plus
Pour me dire que j’ai bu
Même si je ne le sais plus…
Il y aura hier des années de ça, nous étions tout de suite aujourd'hui déjà. La course cycliste qui remonte la rue, les épaules de mon père, ce sera le début. Pour le défilé, je tenais un fanion, j'aurai un chiot et je perdais mon chien. Le mois d'après, y'a longtemps nous rirons, ce sera les vacances quand c'était le mois de juin.
Mais que ferai-je du cahier de solfège, de temps en temps...
Mais que ferai-je du cahier de solfège, de temps en temps...
Mais qu'en ferai-je de tous ces arpèges, ça me revient...
Que chacun vive sa vie comme bon lui semble
La condition aurait suffi, de vivre ensemble
Que faut-il aimer
Dans nos méandres
De société
Pour se comprendre ?
Le cœur des uns,
Celui des autres
Ou bien le tien ?
Et où est le nôtre ?
Dans cette affaire
Bien élargie,
Aux firmaments
De nos folies
Chacun se fout
Au fond bien trop
De tout, de nous
Du sens des mots
Que l’on prononce.
De ses adresses,
Gracieuses onces
De nos tendresses
Comme une lettre
Perdue d’avance
Qu’on lit peut-être
Et qu’on retourne
À l’envoyeur
« Maudit soit-il
Ce quémandeur ;
Crève bonheur ! »
Que chacun vive
Seul au milieu
Des autres vies,
D’un même lieu.
Tous empruntés
À l’aveuglette
D’une façade
Un peu muette.
Et un peu sourde
Aux hurlements
Et aux soupirs
De notre temps
Que chacun vive
Profite et meure
Mais laissez-nous
À nos bonheurs
Bien éphémères,
Bien égoïstes
Mais SOLITAIRES
Donc élitistes…
Dis-moi franchement
Vers où va-t-on ?
Chaque chemin
En croise un autre
Et s’en sépare
Un peu plus loin
Nous rappelant
Sans cesse à nos
Destins errants.
Chassé-croisé,
On se rencontre
Pour se quitter
Au gré de rien
Un peu plus loin
S’enroule autour
De nos moments
D’espoir mêlé
Aux souvenirs
Tout p a r s e m é s
De mie de pain,
Miettes de N
O
U
S
Qu’on abandonne,
Qui se dessèchent
Que le vent souffle
Et qui s’en vont
Toujours plus loin...
Je, tu, il
Nous….
Nous…. Elles
…Nous Elle Toi…
Eux ?
Nous… Toi, toi, toi…. Toi Nous
Ou même lui… () (Nous aussi)
Elle Et aussi ceux
De temps Nous ! Qui ne sauront jamais
En temps Qu’on existe !
D’autres Lui
Elle … ?
Ou une autre…
Quand l’art régnait
Octogonal
Il se tenait
Toujours sur toile
Patibulaire
Est-ce jeu de
Mots pas de jambes
Huit pattes sans pieds
C’est plus au fond
Qu’il n’en faut
Pour nous courir
Sur le plafond
Le jour se lève
Et on l’évite
La nuit vient vite
Pour qu’on l’espère
En silence elle
Tisse sa toile
Dans le coin de
Nos yeux éteins
Les mots sont de la boue
Qui coule de nos vœux,
Qui s’insinue partout
Dans nos esprits vaseux
Et parfois s’épanche
Par des lèvres salies,
Grasse fluctuation
Qu’on vide et qu’on oublie
Sableuse déclaration
Où l’on s’enfoncerait
Si ne nous retenaient pas
Les nobles suspensions
Aux vomissements muets,
Des regards effarés,
De discrètes caresses
Par delà le silence
Du sang qui planait sur nos têtes, l'ombre nous échappa des lèvres,
Béates comme une porte ouverte : issue de secours de nos cœurs.
L'absence s'en allait suintante, fière fossoyeuse des mots repris,
Des mots noyés, des mots muets. Rien qui ne vaille, à ce prix ;
Celui du silence et du vent, qui meurent chacun à cet instant,
Glissant sur les âmes affilées, nos joues aux contours de métal :
Car rude est la tranche cruelle d'un cœur affûté par la mort,
Plus sèche que les rochers du temps, plus dure que des lames [assassines !
Les mille guerriers inconscients, leur visage où jamais ne coule
La moindre larme, la moindre peine, n'ont pas tant façonné le temps
Que les brisures de nos bonheurs, mille morceaux de notre chair
En éclats au ciel volant, dans un sourd fracas de matière.
Nos insonores hurlements dans ce combat se laissent aller
Captifs des vents qui s'en vont vers ce monde où se perdent les cris
Que nul vivant ne peut entendre, que seuls les morts peuvent ignorer.
Lande désertée par les dieux, y errent encore seulement ceux
Qui croient au Ciel et au bonheur, qui prient, qui jouent, qui rient, [ qui pleurent.
Là bas, plus un son en dessous, plus de vaines bouches branlantes,
Sous ses lieux où ne résonne plus l'assonance aiguisée des heures
Les paroles d'argent usées laissent briller l'or silencieux...
Brassens s'endormait
Sur ses brins de laurier,
Son oeuvre pousse encore
Dans les cœurs fanés
Sur les miens on y passe ;
Nuit et jour piétinés
Par des ombres fugaces,
On y vomit ses peines ;
Sans nom et sans couleurs
Sans traces et sans odeur :
Ce sont les visiteurs
Des heures de mes nuits
Vingt-six passants n'osent
Pas prononcer un mot
Dans l'esprit de celui
Qui leur a donné vie,
Faits d'amour ou de haine,
Changent de forme, de sens
Joueurs et capricieux
Ils s'en vont et reviennent
Le bonheur est pour moi
Une phrase terminée,
Un point qu'il faut marquer
à la fin d'une nuit.
Une page remplie
qui ne voit plus tomber
le sel de mes yeux ;
l'illusion au réveil
d'une nuit étranglée
par des rêves joyeux
(quel horrible artifice !)
Un bâillement satisfait
sous de beaux cernes noirs
creusés par le piment
d'une nuit sans sommeil
d'un chagrin sans réveil
auquel on s'accoutume
jusqu'à qu'il ne nous ronge
plus même à l'intérieur
pas même dans nos songes.
Un poème accompli
ou bien abandonné
relu puis déchiré,
Une peine asséchée...
Un verre à partager
autour d'un feu de joie,
Un amour étouffé
qu'on surnomme amitié,
Un verre à moitié plein
et qu'il faut bien vider,
Une main dans la main
qu'on serrait juste avant
qu'on tiendra juste après,
Un sourire égaré
qui me touche en plein cœur
comme la balle perdue
d'un soldat ivre mort
qui crut voir devant lui
se tenir son malheur
et tira sans savoir
qu'il visait son reflet.
Un instant à garder
dans le creux de nos âmes,
Un morceau de moi-même
que quelqu’un veut goûter,
Un plaisir à donner,
Un présent, une larme,
Un inconnu comblé,
Une médaille ou un blâme,
Un ami retrouvé,
Un sourire, une femme...
Une encre qui se lève,
Un bateau qui s'en va,
Un autre qui revient.
Un oiseau migrateur,
Une plume noyée
dans un torrent de larmes,
Un fleuve sur la joue
d'un ami attristé
et qu'il faut écoper
qu'il faut boire, boire et boire
jusqu'à toucher l'ivresse
s'enivrer de tristesse
pour voguer vers le lac
de nos peines emmurées.
Un barrage, une bulle
où l'on peut s'abriter
tous ensemble rêver
des plaisirs de chacun
du bonheur du voisin.
Une esquisse de fierté
qu'on laisse couler à pic,
Un marin sur la mer
du rhum et de l'écume,
Un ou deux camarades
sur mon île isolée...


