Tu as dit ces deux mots
Et comme à ton écho
Mon coeur a répondu
Ce qu'il avait voulu
Moi, sujet de ton verbe !
J'y songe encore à l'aube
De tous nos lendemains,
Tes mots sur nos chemins
Tu as dit ces deux mots
Au creux de mon oreille
Où le sable dévot
Leur a fait bon accueil
Où ton coeur nous emmène,
Je suivrai le clairon
Des langoureux je t'aime
Et leurs conjugaisons...
Si un jour tu m'ouvres les bras
Comme tu m'as ouvert ton coeur
Toi la Marie, toi la Maria,
Je m'y jetterais sans retard !
Si un jour tu m'ouvres ton coeur
Comme tu as ouvert tes cuisses
Toi la Sophie, petite soeur,
Je l'aimerais tant qu'un calice !
Si un jour tu m'ouvres les bras
Comme le jardin de ton rire
J'aurais tes fleurs, ma Lola,
Éparpillées sur mes sourires
Si un jour tu m'ouvres ton coeur
Comme tu m'as ouvert la porte,
J'aurais alors le grand bonheur
De m'échapper de la cohorte
Si un jour tu me tends tes lèvres
Comme tu m'as tendu la main
J'aurais, Margot, autant qu'un lièvre
Des soubresauts sur leur chemin
Si un soir tu m'ouvres tes cuisses
Comme tes lèvres négligées
Libérant un passage lisse,
Discrètement j'y glisserais.
Si un jour tu m'ouvres les bras
Comme tu m'as ouvert ton coeur
Toi la Julie, toi la Julia,
Je referais la même erreur !
Des perles chaudes et dorées
S'enroulent sous mes doigts serrés,
Glissant jusqu'aux creux des lignes
De ma paume dans ta main fine.
Poussière des anciens rochers !
De la mer et du vent alliés,
L'ouvrage le plus délicat,
Trésor éparpillé çi-là ;
Vestige du monde écrasé !
S'élève au vent, semble valser,
Dansant sur les souffles lointains
De déserts et vagues d'étain ;
Collé de sueur sous l'ongle
Dispersant sa voilure longue
À l'haleine de la marée,
Cyclique étreinte déliée ;
Quand dans l'oeil humide, tapi,
Il s'accommode d'un abri,
Le sel des larmes sans peine
Chasse de l'iris la gêne.
Il crisse quand la chair s'appuie
Au moelleux linge de son lit :
Drap de velours ou cage dure,
Ce joueur mystérieux murmure
Jusque dans le tympan docile
De granuleuses ritournelles ;
Ami incongru de l'esthète,
Sans nul doute, il est poète !
Ayant gagné notre confiance,
Le fourbe, éloigné de méfiance,
Sournoisement ensevelit
Les amants par ses dons séduits.
Poussière des anciens rochers !
De la mer et du vent alliés,
Les perles chaudes et dorées
S'enroulent sous mes doigts serrés.
TAKE this kiss upon thy brow!
And, in parting from you now,
Thus much let me avow --
You are not wrong, to deem
That my days have been a dream;
Yet if Hope has flown away
In a night, or in a day,
In a vision, or in none,
Is it therefore the less gone?
All that we see or seem
Is but a dream within a dream.
I stand amid the roar
Of a surf-tormented shore,
And I hold within my hand
Grains of the golden sand --
How few! yet how they creep
Through my fingers to the deep,
While I weep -- while I weep!
O, God! can I not grasp
Them with a tighter clasp?
O, God! can I not save
One from the pitiless wave?
Is all that we see or seem
But a dream within a dream?
Edgar Allan Poe
Je reste en la rumeur d'un rivage par le flot tourmenté et tiens dans la main des grains du sable d'or - bien peu ! encore comme ils glissent à travers mes doigts à l'abîme, pendant- que je pleure - pendant que pleure ! O Dieu ! ne puis-je les serrer d'une étreinte plus sûre ? O Dieu ! ne puis-je en sauver un de la vague impitoyable ? TOUT ce que nous voyons ou paraissons, n'est-il qu'un rêve dans un rêve ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
Ohé partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme !
Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.
Montez de la mine, descendez des collines, camarades,
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades;
Ohé les tueurs, à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé saboteur, attention à ton fardeau : dynamite ...
C'est nous qui brisons les barreaux des prisons, pour nos frères,
La haine à nos trousses, et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens aux creux de lits font des rêves
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève...
Ici chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe ;
Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place.
Demain du sang noir séchera au grand soleil sur les routes
Sifflez, compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute...
Maurice Druon, Joseph Kessel (Traduction)
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :
Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.
Au sommet de vos tours fiévreuses
Faiblit la dernière clarté.
Rien que le vide et l'avalanche,
La détresse et le regret!
Tous ces troubadours mal-aimés
Ont vu blanchir dans un été
Leur doux royaume pessimiste.
Ah! la neige est inexorable
Qui aime qu'on souffre à ses pieds,
Qui veut que l'on meure glacé
Quand on a vécu dans les sables.
Je te l'ai dit pour l'arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l'oeil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l'ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.
Tu fermeras l'oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.
Puis tu te sentiras la joue égratignée...
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou...
Et tu me diras : " Cherche ! " en inclinant la tête,
- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
- Qui voyage beaucoup...
« Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !
Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,
Car j’éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.
Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l’espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;
J’allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L’huile qui raffermit les muscles des lutteurs.
En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l’éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! »
Des cendres des forêts naitra la Grande Armée
Elle avancera toujours vers les ruines des arches.
Gare à vous tenanciers, bourgeois et policiers !
Que feront cent fusils face à nos mille fourches ?
Et jusqu'au grand Paris, nous recyclerons l'or,
Nous nous enfoncerons par des tunnels secrets,
Les cadavres de fer seront nos miradors
Dans les anciens palais et les rues désertées
Nos tambours rouleront sous les coups de vos os
Sonnant l'imminente charge victorieuse
Et sur des piques lourdes on verra vos museaux
Ballotés au-dessus de la foule furieuse.
Penseurs et travailleurs de toutes les nations
Iront main dans la main, debout et décidés,
Faire comme un seul homme obstacle à vos canons,
Devant des murs de sang, mourir pour la paix.
Ils appuieront leurs dos usés par le labeur
Sur vos frontières ternes, et jusqu'à leur déclin ;
Et les grands fronts ridés des plus sérieux rêveurs
Seront crispés de rage en heurtant vos desseins.
Combien de morts encore pour qu'il n'y en ai plus ?
Combien d'orphelinats aux chambres à ras bord ?
Combien d'enfants-soldats qui n'ont jamais rien vu
D'autre que le combat et les jeux de la mort ?
Et combien de nations faudra-t-il détruire ?
Et combien de rivières à remplir de sang ?
Et combien d'hécatombes à regretter encore ?
Et combien de drapeaux à bruler sur-le-champ ?
Pour qu'on voie dans l'espace éclore de vierges fleurs,
Des hommes libres entre eux aimés et respectés,
D'harmonieuses cités où la Grande Nature
Sera, paisible, assise sur l'humanité ;
Puis la main de la paix portera enfin Terre,
Planète dominée, détruite et révoltée,
Enfin débarrassée de la longue misère
Des peuples opprimés par les rois argentés.
Les premiers pas main dans la main
Les mots tout bas dans les chemins
Creux de tes reins
Puis la vie qui donne la vie
Par le ventre arrondi
Ton cœur et mon cœur éblouis
Par Marguerite, par la Margo, la reine, la fleur, la pépite
La lune est là sur son premier sommeil
Sentinelle céleste sans guérite
Veille à l'infini sur la petite
Et toi soleil, le cœur du ciel
Donne tout l'or de ton miel
A Marguerite, à la Margo, la reine, la fleur, la pépite
Comme une mer au loin enfuie
Si tout' mémoire un jour me trahit
Que reste au moins en moi ton premier cri
O Marguerite, ô la Margo, la reine, la fleur, la pépite
O Marguerite, ô la Margo, la reine, la perle... ma pépite
( La Tordue )


