Textes

Samedi 29 mars 2008
L'amour dans l'homme est la manifestation de la Vie dans la matière.
par M.D. Arakiri publié dans : Pensées
Samedi 29 mars 2008
    Pour l'instant, je ne fais que décortiquer une à une mes peines, mes souffrances ou mes émotions. Je les manie avec la prudence de celui qui promène un cierge jusqu'à son autel. Il n'y a pas de fil conduisant mon écriture : tout ce qui n'est pas morceau est bribe, comme est façonné un esprit adolescent où flottent et se mêlent dans le même brouillard désirs, rêves, pensées. Je pioche dans mon coeur et le hasard dicte à ma main.
    Puisque je ne serais pas poète, il faut que plus tard je trouve la force et la volonté de devenir écrivain. Tendre moi-même un fil où j'épinglerai rigoureusement, méthodiquement, mes souvenirs, pour qu'ils y sèchent comme l'encre sur les brouillons oubliés de mes anciennes insomnies. Je veux écrire des romans, construire des mondes, donner vie à des êtres formidables, tirer de mon néant des amours extraordinaires, avoir sur tous les spectateurs de mes pensées ce pouvoir suprême de vie et de mort. Pour l'instant, ils sont là, à me narguer comme la foule au théâtre vient narguer la scène, rire et vivre sa vie alors que devant elle un autre monde attend de pouvoir prendre forme. Dès que le rideau se lèvera, je veux jeter sur eux des éclairs foudroyants : je veux qu'ils soient surpris, voire même tétanisés, et qu'en reprenant leurs esprits ils deviennent eux-mêmes acteurs de Mon histoire.
    Je veux écrire des romans, pour que tout ait un sens, un début, une fin. Des histoires où j'abandonnerais un à un les éclats de mon coeur, à mesure que j'obtiendrai le recul nécessaire pour analyser ses échecs, leurs détonateurs, ses chutes autant que ses brisures ; à mesure que j'en ramasserai les morceaux épars sur le plancher de ma vie, en me rappelant pour chacun d'eux ce qu'il était, ce qu'il vécut, et comment il fut brisé.
par M.D. Arakiri publié dans : Textes en prose
Samedi 29 mars 2008
D'une vie décousue
La manche s'effile
Le fil s'épanche.

L'exutoire
En exil
Arpente bien
Le fil
De ma vie
Décousue
Dépourvue
Éperdue
Défilée
Lentement
Éffilé
Firmament.
par M.D. Arakiri publié dans : Poésies
Samedi 29 mars 2008
    L'amoureux éprouve ce que nul avant lui n'a pu éprouver.

    Profitez de l'amour présent : jamais il n'a été vécu et ne le sera plus jamais. Aimer est la seule chose qui vous rende unique.
    Aimer, c'est ressentir quelque chose que le reste de l'humanité ne peut connaitre, c'est la naissance d'un sentiment nouveau, unique et irremplaçable.
    Être aimé est le lot commun. L'intensité et la manière varient, mais de tous les gens qui nous aiment ou qui nous ont aimé, aucun n'a pu sentir ce que nous avons nous-mêmes sentit, cette primeur unique de l'Amour.

    Amour est le nom universel donné à cette infinité de sentiments innommables dont aucun n'est semblable à l'autre.

    L'Amour vrai, c'est l'infini des singularités.
    Tout comme 1 n'égale pas 2 et que jamais 2 ne pourra égaler 1, jamais deux personnes ne pourront éprouver le même amour ni la même personne éprouver deux fois distinctes le même amour.  
    La dimension de l'Amour est autre que celle du temps, autre que celle de l'espace. Tout comme chaque point dans l'espace est singulier, chaque instant donné dans le temps est unique, chaque amour l'est également.

    Voyons ce que nous savons :

        - Vous occupez une position définie, un point qui est différent du point d'à côté et de tous les autres points de l'espace, et vous ne pouvez pas occuper un autre point tant que vous restez sur celui-ci.
        - Vous êtes immédiatement à un instant donné du temps qui n'est pas semblable au précédent ni au suivant, et vous ne pouvez pas vous « déplacer » vers un de ces deux instants, ni vers aucun autre.
        - Vous éprouvez un amour singulier, unique, qui n'est semblable à aucun autre amour. Tout comme votre position dans le Temps, votre position dans l'Espace : c'est votre position dans l'Amour.

    Vous pouvez croire éprouver cet amour indifféremment de votre position dans le temps et dans l'espace. Dans ses conditions :

        1°) Il serait possible d'éprouver le même amour dans différents points de l'espace à condition d'un déplacement dans cet espace.
        2°) Il serait possible d'éprouver le même amour à différents instants du temps à condition d'une continuité dans le temps.

    Mais que savons-nous de l'espace et du temps ?

        1°) Il est impossible d'occuper simultanément plusieurs points de l'espace. Or nous savons que l'univers est en extension ininterrompue. Donc même si je reste « fixe », je n'occupe pas le même point A à l'instant 0 et l'instant 1 différents. Il est impossible d'occuper un même point de l'espace à différents instants du temps
    Simplement, je ne peux pas être au même endroit à différents moments.

        2°) Il est impossible d'occuper simultanément plusieurs instants du temps. Or nous savons que le temps est ininterrompu. Sachant qu'il est impossible de rester « fixe » dans le temps, je ne peux donc pas occuper une position A et une position B différente à un même instant 0. Il est impossible d'occuper un même point du temps dans différentes positions de l'espace.
    Simplement, je ne peux pas être à deux endroits en même temps.


    J'occupe donc Un point A de l'espace à Un instant 0 du temps de sorte qu’A et 0 soit uniques et liés. En suite, j'occuperais Un point B de l'espace à Un instant 1, avec A différent de B et 0 différend de 1. et ainsi de suite à l'infini. Je ne peux pas être au point B à l'instant 0 ni être au point A à l'instant 1.  
    Il existe donc un lien entre chaque position unique et chaque instant unique. Le temps et l'espace sont deux indissociables.

    Si nous introduisons dans ce schéma le troisième paramètre lié aux deux précédents d'un amour donné instantané, il est clair que chaque amour, à chaque instant, à chaque endroit et pour chacun, est fondamentalement singulier et unique. L'amour au point A et à l'instant 0 de Madame M est donc absolument distinct de toutes les autres formes de l'Amour, y compris et surtout de l'amour au point B et à l'instant 1 de cette même Madame M. Liés par le temps, l'espace, et l'amour, nous sommes ainsi certains d'être des entités uniques et irremplaçables. Jamais deux fois semblables.

    Amour est le nom universel donné à cette infinité de sentiments innommables dont aucun n'est semblable à l'autre.


    Ainsi l'amoureux éprouve ce que nul avant lui n'a pu éprouver.

par M.D. Arakiri publié dans : Textes en prose
Vendredi 21 mars 2008
                            « Le Temps nous égare
                               Le Temps nous étreint
                               Le Temps nous est gare
                               Le Temps nous est train. »
Jacques Prévert
par M.D. Arakiri publié dans : Citations
Vendredi 21 mars 2008
Sept fois
Serre-moi
Au fond de toi
D'une tombe
De roi
Cette fois
Enterre-moi

Là-bas
Si bas,
Où la lumière
N'est plus
En dessous
De l'éclat
Un signe
Seulement
S'embrase
Et s'abat
Sept fois


Sept fois
Serre-moi
Si tout t'en bas
Tout va
S'en vas
Sept fois,
Étrangle-moi

Là-haut
Si haut,
Tu trembles
D'aise
Et si brûlent
Ici-bas
Mes sens
Souvent
C'est le temps
De l'absence
Sept fois


Sept fois
Serre-moi
Tout bas
Dis-moi
Un mot
Sans voix
Étouffe-moi

Ici et là
Tout ça
N'est plus rien
Que l'odeur
La peur
Ou la sueur
Un automne
D'ardeur
Un pas
Maladroit
Vers tes bas
Sept fois


Sept fois
Serre-moi
Sans foi
Cent fois
Foisonne sous mes doigts
Et file
Effile-moi

Là-bas
Si bas
Arrivés
Sans saison
Au royaume
Des lys
C'est là
Ta paume
Repousse
Sans raison
Sept fois


Sept fois
Serre-moi
Ta langue
S'enroule
Soudain
Sept fois
Autour de moi

Là-haut
Si haut
Pendus
Au sommet
De l'abime
L'abysse
Où glissent
Mes doigts
En toi
Rends-toi
Sept fois


Sept fois
Serre-moi
Et file
Enfile
Le fil
Sous la peau
Coupe-moi

Ici ou là
En bas
J'ai passé
Le trépas
Tes pas
À pas
Appâtent
Les bras
D'un mort
Encore
Sept fois


Sept fois
Serre-moi
Les yeux
Sans toi
Ils meurent
De froid
Embrase-moi

Là-bas
Si loin
Le sang
Sépare
Les corps
La chair
Mon coeur
Ma chère
En terre
Sept fois
Dépose-moi
par M.D. Arakiri publié dans : Poésies
Samedi 15 mars 2008
 
        Un souffle dans la haie s'élève. Un pas, le bruit s'approche. Puis cesse. J'écoute le jour décroitre et la bête frissonner. Entre les feuilles flotte une étrange araignée.
        Sur un carreau blanc du mur, deux ailes n'en forment qu'une ; tache grise, usée, fragile. Un corps triste sur cinq pattes. J'ai froid, la nuit est pourtant douce. Elle passe, tranquille. Mais les oeufs du squelette d'horreur ont germé. Sous ma peau comme sous la terre.
        Ô, Nuit tapissée d'immondices, L'insecte t'a dévorée ! Son crochet suintant les poisons dégouline de ton sang. Ni pour toi ni pour moi, il n'y eut de surprise : cette mort lente était annoncée par l'attaque. Sciemment nous y avons cédé. J'entends trembler les tambours...

        Ô, Nuit, nous sommes suicidés,
        La Mort n'est qu'une araignée.


        Un chant descend du rosier. Un pas, le son s'élève. Puis cesse. J'écoute la nuit décroitre et la plume sangloter. Suspendue aux tiges mûres, une araignée se balance.
        Dans un carré d'herbe verte, les ailes d'un arc-en-ciel sont repliées sur elles-mêmes. Adolescente chenille dessinant d'un trait unique un triangle de gaieté. L'air s'apaise bien avant que la lumière ne l'effleure. Pourtant, déjà, sa chaleur éveille toutes les multitudes. Et la chair va grouillante. L'herbe hoquette lentement.
        Ô, Nuit délivrée d'impatience, L'oiseau t'a ressuscitée ! Ses griffes dans tes os ont inscrit leur poème. Tes joies coulent de son bec. Ni pour toi ni pour moi, il n'y eut de regrets : tout fut, avant d'être, entièrement consenti. Et nous rêvions innocemment, inconscients que nous étions !

        Ô, Nuit, nous sommes acquittés,
        L'Aube n'est qu'une araignée.
par M.D. Arakiri publié dans : Poésies
Lundi 10 mars 2008
L'herbe rouge peut dormir
Le navire peut flamber
L'ombre oublier son empire

Il a neigé

Paris, Madrid, Amsterdam,
La chair nue sur les trottoirs
Peuvent longuement pleurer

Il a neigé

Sur l'agneau ensanglanté
Sur les bois mûrs de l'été
Sur le chien noir et bête

Il a neigé

L'étoile tombée des crêtes
Le roc de son fier sommet
Caressés par l'avalanche

Il a neigé
Sur l'herbe rouge
Il a neigé

Sur le nuage ébloui
La lumière peut glisser
Et la fièvre refroidir

Il a neigé

Sur la nuit blanche et frileuse
Le pas lent peut s'enfoncer
Là où les trois vents s'abreuvent

Il a neigé

Sur la rivière figée
Et dans les yeux du brasier
L'écureuil doit sangloter

Il a neigé

Sur la chaleur trépassée
Dans le flot de la tempête
Dans le sommeil des vallées

Il a neigé
Sur l'herbe rouge
Il a neigé

L'ombre peut encore cracher
Sous la crinière des flammes
L'insecte doit se cacher

Il a neigé

Les bras de l'homme d'acier
Peuvent bien creuser la terre
Pour des rires congelés

Il a neigé

L'herbe rouge peut rêver
L'avalanche s'affaisser
Et l'enfant du feu sourire

Il a neigé

par M.D. Arakiri publié dans : Poésies

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