Comme des fous, vassaux du temps,
On s'est noyés dans l'habitude
Malgré la bouée de notre « avant »
Sous le poids de nos solitudes,
Nous avons sombré dans les eaux
Agitées d'une mer maudite,
Où, par le fond, tel un bateau
Sabordé par d'affreux pirates,
Repose notre ancien amour
Avec tous ses trésors perdus,
Ses coffres scellés à la mort
Dont la seule clé fut rompue
Qui renferment notre secret
À jamais enfoui dans le sable,
Pas de métal précieux rouillé
Ou de joyaux inestimables :
Des mots, des mots en liberté !
De l'amour prisonnier des flots,
Sur le papier décomposé
Par le vicieux labeur de l'eau.
Ils pourrissent par les fonds,
Semblables au marin silencieux
Victime de Poséidon,
Piètres vestiges cadavéreux.
Thème : Motel
Dans une alcôve
De ce motel
Teinte guimauve,
Dormait la belle.
Dans le couloir
De cet hôtel
Naissait l'histoire
D'une ritournelle :
Un homme seul
Croyait, en fait
D'un paillasson,
Voir son linceul !
Son utopie,
S'était figée,
Un autre lit
L'avait logé.
La chevelure
D'Apollon
D'aventure
Faisait faux bon
Sur le sillage
De son rafiot
Il fit naufrage
À l'échafaud
Qu'on avait fait,
Par précaution
Mettre sur pied
Pour sa raison
Sans rémission
Il serait prêt,
Portant le nom
Du condamné :
Et Raison fut
Sur le gibet
Comme prévu,
Exécutée.
Le pauvre diable,
À l'esprit sec
Sentait la soif
Des insatiables
Frémir en lui,
Se ruer les heurts
Des arrondis
De sa fêlure
Il était saoul
Seul sur le seuil
Encore debout,
Faisant le deuil
De cette muse
À peine perdue
Et qui s'amuse
D'inattendus,
Vint, et, volage
Se mit à nue
Pour un adage
Disconvenu !
De l'adultère
Pignon sur rue,
Elle crut bon faire
Son purgatoire...
Vers l'escalier
Il fit deux pas
Faillit chuter
Et tituba
Prit une plume
Et la trempa
Dans l'amertume
De son effroi.
Entre des mains
Si dévolues
Que leur chagrin
Ne tremblait plus,
Les pages blanches
Sont devenues
L'arc des hanches
D'une femme nue.
Par les galeries
De ce motel
La poésie
Trouva des ailes
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Fais de moi l'ouvrier
Qui bâtira tes rêves
Prières après pierres
Et au prix de son sang
S'écorchera les mains
Pour construire des palais
Même s'ils ne servent rien
D'autre que tes pensées
Portera comme une bête
Courbée, pliant le dos,
L'acier de tes conquêtes,
Admirable fardeau !
Fais de moi l'ouvrier
Solide, noble et fier
Qui pour te faire rêver
Remuera Ciel et Terre
Ira sur le chantier
Construire mille délices
Comme sur l'échiquier,
Le fou à ton service
Épuisant la matière
Par les coups et le feu
Pour lui donner la forme
De l'ombre de tes voeux.
Fais de moi le maçon,
Le charpentier étrange,
Chargé de la maison
Où s'élèveront tes songes
Ou même le cordonnier
Sûr, qui à défaut d'ailes
Pour les faire voler,
Leur fera des semelles
Et ils pourront marcher
Sur les routes que la nuit
Je viendrai déblayer,
En fidèle ouvrier.
Cherche,
Cherche encore !
Il y a la vérité
Elle est bien quelque part
Dans un livre, un placard !
Il doit y avoir une trace,
Une preuve, même éparse !
Cherche,
Cherche encore !
Tue-toi à la recherche
De ce qui te fait vivre
Ou meurs sans avoir su....
Debout, courage, cherche !
Sois sûr de ton ouvrage !
Cherche,
Cherche encore !
Un signe qui te guette,
N'attend que ta venue,
Et te crie : « je suis là ! »
Mais tu ne cherches pas,
Tu t'enivres des fêtes...
Cherche,
Cherche encore !
Tu as vécu, rappelle-toi !
Non, n'abandonne pas,
Même en pensée,
Ta quête souveraine.
Cherche ta vérité.
Cherche,
Cherche pur,
Débarrasse-toi des chimères
Des prémices de folie,
De tes intuitions premières
Aime ce que tu cherches
Et trouve, trouve vite !
Cherche,
Cherche, cherche !
La fin est tellement proche,
Qu'à chaque pas tu t'en éloignes.
Quand tes désirs décrochent
Du fil d'Ariane rompu,
Ton désespoir témoigne !
Cherche,
Cherche, te dis-je !
Cherche en avant
Cherche l'hier
Cherche raison
Cherche en arrière
Cherche la preuve
Que tu existes !
Amour est perfection
Et, notre grande erreur,
Viens de l'obstination
À le croire immortel...
Amour est déception
Car notre grande erreur
Est d'y prêter toujours,
La plus sotte attention !
Amour est frustration
Car notre grande erreur
Est bien d'aimer les êtres,
Plus qu'on chérit les choses !
Amour est concession
Car notre grande erreur
Est de nous attacher
À ses songes volages !
Amour est trahison
Car notre grande erreur
Est de lui faire confiance,
Lui céder notre coeur !
Amour est obsession
Car notre grande erreur
Est d'aimer tellement ;
Qu'on en oublie comment !
Amour est réclusion
Car notre grande erreur
Est de nous croire libres,
D'amours et de passions !
Amour est claustration
Car notre grande erreur,
C'est de nous réunir,
Jusqu'à la destruction !
Amour est un cocon,
Mais, notre grande erreur,
Est d'y prendre demeure
Et de nous y murer...
Cette nuit je t'écris,
À mesure de mes cris,
je m'écrie, « est-ce vrai ? »
Peut-être seulement
N'est-ce qu'un feu présent
Dont tu parles au passé
Mais qui scintille encore !
Ce que tu m'as donné,
Ne puis-je donc le garder ?
Pas comme le souvenir
D'énergies consumées,
Comme une vérité...
Mieux que tous les trophées
D'argent inanimés ;
Mon essence, mon or !
Qui brûle infiniment
Dans le foyer éteint
Des illusions déçues
On se donne la main,
Les gens nous trouvent beaux,
Et ils croient que l'on s'aime :
Ce n'est qu'à moitié faux.
Nos regards se croisent,
Tissent les liens opaques,
Qui reliés nous retiennent,
Du ciel font de nous l'arc
Et nous rendent infidèles
Aux serments silencieux,
Paroles dotées d'ailes,
Qu'on jure sur les cieux.
—
On trace mutuellement
Ce petit trait d'union
C'est celui des amants,
Faible noeud, papillon !
—
Mais, le ressort tendu,
Rien n'arrête l'échec ;
Notre amour s'est perdu,
Dissous au vin des fêtes.
Une fois accomplies,
On pleure nos conquêtes ;
La liberté se plie,
gémit, et puis regrette
Ses vertes solitudes
Étendues dans la plaine,
Caressant en secret
Les rayons du soleil.
Hier, j'ai mal à la confiance
Demain, mal à la conscience
Je sens l'erreur frémir ici
Sous ses desseins de poésie
Et je retrouve le Silence
Dans le reflet de ma démence
Évidemment, il me revient
Aux quatre vents, quatre matins
Et c'est Solitude la mère
La seule à qui je peux me faire
Qui me reprend contre son sein
Pour s'étouffer de mes chagrins
Et ma douleur, sage hirondelle
Rattrape le flot de son envol
Me laisse vide, serein, mais seul
Sur le nid doux de mon linceul.
Au bord de ma fenêtre
Et vers les paysages
J'élance tout mon être
Comme en pèlerinage
Aux portes de tes rêves
J'attends que tu t'éveilles
Je parcours la grève
Ensablée du sommeil
Je marche sur les routes,
Croise des amoureux,
Déroule sur ma carte
Un tracé sinueux
Entre de longues allées
De grands platanes usés,
M'enfonce dans la boue
Sur les chemins du doute
Contemple l'horizon,
Grand recueil des âmes,
Nuit de l'inspiration,
Berceau du vagabond !
Les sentiers s'effacent,
Subissant mon passage
Ignorent que du message
Ne suis que la préface :
La vérité me suit
De loin, je l'aperçois
Quand de regrets épris,
Me retourne par là.
Que dit-elle aux amis
Dont j'ai tourné les pages,
Privés de compagnie
En amont du voyage ?
Je l'ignore et mon coeur
Défraichi le déplore
Mais, conduit, impuissant,
Suis les voeux de l'enfant
Qui voulait être grand
Pour marcher sur le monde
Poursuivre vers l'avant
Une longue promenade
Et sous la main tremblante
Que ma passion détruit
Entre deux lignes blanches
L'encre obscure s'épaissit
On aime
Et on oublie
Que l'on aima
On s'aime
Et on s'oublie
À petits pas
On t'aime
Et on oublie
Qu'Amour est las
On baigne
Dans des lits
Brodés de soie
Imprègne
Et puis salit
De nous les draps
On daigne
Prendre parti
Pour un trépas
On freine
Et on dévie
De nos ébats
On traine
Et on s'ennuie
Sans les éclats
On n'aime
Plus d'envies
Comme autrefois
On laisse
Et on oublie
Qu'on s'ennuya
On l'aime
Et on délie
Les hortensias
On saigne
Et on forcit
Nos traits de foi
On gagne
Et on t'oublie
Absent de toi
On aime
Et notre oubli
S'en souviendra...
Demain sur les ruines des civilisations
Humaines putréfiées, sur les villes effondrées,
Comme une armée neuve, debout, se dresseront
Les tiges verdoyantes du néant rappelées
Par les appels du temps de Nature vengeresse
Qui sur les souches infectes de l'homme prostré,
Comme un projet sacré qu'aucun souci ne presse,
Laissera s'élever, fleurir une ère nouvelle
Où seule régnera la sagesse immortelle
Des âmes préservées, des fleurs innocentes ;
Où nul n'aurait idée d'un jour couper les ailes
Des animaux béats à la vierge conscience.
Et sur chaque trottoir abandonné des pas
Pousseront en pagaille les plantes épanouies,
Et dans chaque maison détruite par le temps
Les oiseaux et les chats bâtiront des abris.
Dans une entente sûre, sans craindre prédateur,
La nature sera seule maîtresse du monde,
- Comme elle l'a toujours été avant notre heure -
Une fois débarrassée des séquelles immondes
Du passage de l'Homme, parasite tenace
Exterminé, enfin, au prix de sacrifices :
En combien de tempêtes pour nous ébranler
Aura-t-elle recouvert de nous la moindre trace ?
Thème : Le tourbillon de la vie
Dans le miroir, les images succinctes de l'instant se ressemblent toutes, se mélangent et se confondent en une seule et même trace que nos yeux peuvent voir. Mais quand l'oeil, capteur bridé du réel, ne voit qu'une rose, le coeur, lui, peut en voir des bouquets entiers, des gerbes resplendissantes éclaboussant le ciel d'un parfum inodore - et pourtant si plaisant – qu'il est seul à sentir. Mes deux yeux et mon coeur me suffisent. Je peux grâce à eux, être unique et multitude à la fois, être les mains jointes et les jambes étendues de tous ceux qui parcourent le monde, mais même plus que cela : de ceux qui l'ont parcouru, et ceux qui le parcourront encore, une fois les bribes de mon âme éparses.
Et pourtant aux heures sombres, lorsque le désespoir s'est trop de fois emparé de sa volonté, l'organe de vie qui m'anime se trouve en proie à la solitude. Ce n'est pas d'être seul qui le dérange, cette condition lui convient. C'est de n'être qu'un, parfois... De n'être, lorsqu’abandonné par le courage, que le moteur d'une machine idiote, qui inspire et expire sans relâche l'essence vitale à un but qu'il ne comprend même pas. Pourtant, il y a ces ordres qu'il reçoit et qu'il accomplit fatalement, ces ordres retentissants, qui le somment de battre, de battre à plein poumon, la mesure en cadence. Le Dieu qu'il s'invente pour se justifier de ses actes, s'appelle Âme.
Âme réclame des sacrifices et c'est Coeur qui commet les meurtres.
Âme tyrannise et c'est Coeur qui doit construire les murailles.
Âme appelle au pèlerinage et Coeur s'élance vers l'inconnu.
Âme s'apitoie de solitude, Coeur lui tient compagnie.
Âme montre un chemin et Coeur s'y engage.
Âme tire les ficelles et Coeur est le pantin.
Âme est coupable, Coeur condamné.
Âme lui dit de battre, Coeur obéit.
Âme le pique, Coeur est meurtri.
Âme se froisse, Coeur est brisé.
Âme s'ennuie, Coeur l'amuse.
Âme pleure, Coeur console.
Âme chante, Coeur écoute.
Âme dicte et Coeur écrit.
Âme rêve et Coeur bâtit.
Âme aime, Coeur sème.
Âme ceci, Coeur cela...
Ah ! Mon bon coeur,
Âme m'écoeure !
M'écouteriez-vous ?
Depuis que Coeur croit en l'Âme, il n'entend plus rien de mes choix. Il n'écoute plus ma raison, ne veut rien savoir et sa foi est irréductible. Âme donne le la, Coeur bat la mesure, et moi je suis bien obligé de chanter. Coeur, asservi, est cependant libre de ses choix. Il ne fait que les mystifier, pour mieux duper mon esprit. Et moi, que puis-je faire, à par suivre, dans l'empreinte des pas de mon coeur, la marche forcée de ses caprices ? Je ne fais que lire le recueil confus des états de mon Âme, dieu unique et tout puissant, où sont inscrits pelle-mêle chacun des mots de mon être, chacun des instants de ma vie, chaque sourire, et chaque rose imaginaire venue spontanément fleurir le berceau de mes chimères. Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui dirige ce corps tourbillonnant !
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