Textes

Mercredi 30 janvier 2008
La fleur d'iris ouverte absorbe le soleil.
(Aube)
par M.D. Arakiri publié dans : Pensées
Mercredi 30 janvier 2008
 
        En quelques secondes, l'Homme est perceptible. Sensible. L'univers cognitif se déploie sur lui et instantanément débute sa croissance infinie. Infinie croissance intérieurement possible. Puisqu'en nous prend fin l'infinité possible. Mais c'est un autre point, qui sera développé ailleurs, tenons-le pour l'instant comme admis.
        En un instant, le désert esquisse un sourire. Voici qu'il nous regarde. Voici qu'il nous parle et nous dit : c'est mon visage, c'est ma voix. Celle-ci est légère, celui-là, flexible. Mais il a forme, bien que fragile, et elle sonne, bien que faiblement. Le désert n'est plus seulement un vocable. Il a posé en nous le souvenir d'une image, d'un son, d'une pensée. Il est un univers sensoriel unique, entier et indépendant. Dorénavant les vents et les tempêtes qui s'abattront sur lui n'auront plus prise sur nous. Son sable ne nous brûlera jamais plus le visage comme une armée d'étoiles déchues. Sa volonté ne dépendra plus que d'une bouche humide qui parle ou sourit dans notre imaginaire.
        L'imagination est la mémoire délirante des sens. L'inspiration, celle des émotions. Ainsi, elles se mêlent, comme se mêle à la brûlure une vive stupeur, comme se mêle au souvenir de la blessure, celui, hagard, d'une surprise inouïe ; et ainsi, blessés pour la première fois au bec de l'amour, nous parvient par des voies étranges le souvenir confus d'une brûlure qui nous semble encore vivre... bien vivante, bien fraiche même, juste à point survenue, pour que d'un coup le coeur nous brûle !
   
        Mémoire sans souvenirs. Mémoire constamment ranimée, mémoire vivace du coeur, imaginaire mêlé de visions délirantes !

        Mémoire d'un univers nouveau. Juste né du néant, ou de cendres encore chaudes. L'Homme. L'Homme perçu, non, juste aperçu l'espace d'un instant suffisant pourtant pour qu'en nous germe la graine endormie de la connaissance, et que la part sensible de vérité que nos sens sont à même d'éclairer s'illumine lentement ; un seul instant, l'Aube, début de l'ascension d'un astre dans les mystères du ciel.
        Lentement l'Homme devient. Ses arguments disparates, comme les membres d'un corps démantelé s'assemblent pour que naisse la Théorie. Que naissent la Croyance et la Foi. Et dans l'espace libre de sa pensée structurelle, commence alors l'expansion formidable de l'Homme dans l'individu1. Le silence creuse son temple, érige son cénotaphe, et la prière s'installe devant le sourire du désert. Il me semble alors que seulement naît l'homme. Pour qu'il n'y ait pas de confusion, prenons plutôt l'image suivante : c'est seulement à ce moment que l'Homme prend sa dimension. Que l'Homme nait dans un Espace-Temps.
        À partir de ce moment, l'abime se distingue lentement du sommet. Le gouffre en lui où se jette son ennui se creuse, et déjà s'érige la tour d'honneur de son intégrité, la statue de sa gloire. Sa pauvre gloire d'Homme. Il faudra pourtant qu'il supporte en lui les tensions et les forces mouvementées de la matière spatiale. Que ses pôles le forgent et non le démantèlent. Pour qu'il ne soit pas à nouveau de simples éclats épars, membres sans liens, de simples morceaux de corps dénués de cohérence. Dès lors, sa qualité d'Homme serait perdue. Car le fil des actes ne suffit pas à leur signification, même s'ils s'enchainent rationnellement. Il faut que leur tension soit constance de l'Être.
        Alors, l'Homme apparaît. C'est cet Homme-là que nous nous devons d'admirer. Plus justement le seul qui ne puisse pas échapper à notre admiration. Quels que soient son humilité et son désintérêt. Puisqu'il est aperçu, comme un secret trop longtemps tu qui s'est laissé dévoiler à notre regard, par l'entremise d'une porte baillant d'ennui. L'Homme, ce nouveau-né, émergé d'une conscience germant depuis des millénaires. Esquisse du pistil qui ensemencera l'univers. Premier échec, peut-être, des lendemains absolus.
        Je ne puis croire au hasard, le hasard ne dessine jamais de visage dans les dunes. C'est l'imagination qui s'en charge, merveilleuse complexité acquise, et je ne puis croire qu'elle le fut par hasard. Mais je crois en l'erreur et la crains. J'ai peur d'un échec. L'Échec. Homme devient vite, et ne trahit pas. Si, trahi toi même, tu sens perdue ta noblesse, alors reprend la bride lâchée du destin. Forge-toi. Ne laisse pas l'Humanité dissoudre ta qualité d'Homme. Rassemble en toi le disparate et forge l'Homme. Cherche la porte qui baille dont l'ennui dévoilera ton miroir. Éprouve la brûlure étrange de l'amour. Et deviens l'Homme.
   
        Le temps presse. Car elle risque de venir, la nuit de l'Homme.


1« Je crois que la primauté de l'Homme fonde la seule Égalité et la seule Liberté qui aient une signification. Je crois en l'égalité des droits de l'Homme à travers chaque individu. Et je crois que la Liberté est celle de l'ascension de l'Homme. Égalité n'est pas Identité. La Liberté n'est pas l'exaltation de l'individu contre l'Homme. Je combattrai quiconque prétendra asservir à un individu – comme à une masse d'individus – la liberté de l'Homme. » Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre 

 
par M.D. Arakiri publié dans : Textes en prose
Mercredi 30 janvier 2008
        La liberté est une porte par laquelle nous sommes contraints de passer.

        N'est pas juste la punition immédiatement consécutive à l'acte punissable, car la part de contrainte d'un acte libre ne se dévoile qu'avec le temps. Le juste étant absolument infini, la justice se doit d'être latente. Et le crime historique nous paraît inévitable, puisqu'il est. Alors que le même cadavre, fraichement déposé devant nous, nous apparaît injustement éteint, comme ayant dû vivre encore. Le coupable devient surhumain à nos yeux, par ce pouvoir de mort — et par conséquent de vie — qu'il semble avoir, et par son apparente liberté, alors qu'il n'est qu'un instrument soumis à la contrainte. Au moment de l'acte, il était déjà prisonnier.
        Le crime est la plus sûre prison du criminel.

        Car il est de plus sûres prisons que celles de quatre murs. Plus froides que la morsure des chaines sur la peau. Plus sombres que la nuit souveraine du cercueil. Moins humaines que l'isolement. Plus intransigeantes encore que l'incurable infection.

        Ô, Forteresse des âmes ! Assiégée de miradors ! Fut-il, en tout enfer, plus lourdes murailles que les tiennes ?
        Ô, Temple d'éternité ! Cerclé d'eaux malveillantes ! Fut-il, en quelque saint asile, rempart plus fiable que les tiens ? Bien convaincue du contraire est l'éternité de mon âme, puisqu'assiégée tu la protège et fait siège de sa citadelle. Mais serait-il possible qu'elle veuille se soustraire à tes Lois ? Ô, siège des prisons, tu es la raison d'être des âmes enfermées.
        Ô, Remparts bien-aimés, Ô, Gangue, Ô, Murailles chéries ! Me serait impossible d'exister sans vous ! Qu'en est-il de mon évasion ? De l'imaginer, déjà, me voilà libre. Et sans toi, cellule bien-aimée, je ne l'aurai pu concevoir, cette Liberté de mon âme. Car elle n'existe pas. Les esprits n'errent ni ne sont contenus. On enferme des hommes puis on les libère. Mais je ne connais pas d'homme libre plus que d'homme prisonnier. Car la citadelle de l'âme est cette prison qui l'élève. Et je suis plus libre d'être enfermé sous le socle des étoiles qu'abandonné dans un désert sans ciel et dénué de directions. Car les étoiles m'indiquent qu'il est une prison pour mon corps, que cette prison a sa porte, et de connaître cette porte, je découvre ma Liberté, car de la concevoir, seulement, je deviens libre.
par M.D. Arakiri publié dans : Textes en prose
Mercredi 30 janvier 2008
        J'ai six ans. Bientôt sept, mais je n'aime pas compter. Je suis au cours préparatoire, j'aime beaucoup ma maitresse même si elle me fait peur un peu. Elle ne veut pas que parle avec mon voisin, mais c'est qu'il me fait rire, car il fait la grimace en me passant sa colle. Ah, j'oubliais le plus important : je suis amoureux d'Éléonore. La plus belle fille de ma classe. Tous les autres aussi sont amoureux d'elle, alors nous sommes copains, complices, adversaires et alliés, compagnons de galère. La seule fille de ma classe. Nous vouons le même culte à une même idole.
        Éléonore...

        Mais quand je sors de l'école, rien n'est comme d'habitude. Il se passe quelque chose. Mes parents ne sont pas encore arrivés, je crois que des gens crient, d'autres courent... Pourquoi ? Au lieu de prendre le chemin de chez moi, je m'avance sur la place devant l'école. Elle est bordée de grands platanes. Il me semble qu'ils sont plus grands qu'avant. Qu'ils se dressent pour me montrer le ciel, ce ciel tout à coup menaçant. Moi qui suis minuscule je m'aperçois soudain que ces colosses sont vulnérables. Ils tremblent avec moi.
        Et brusquement, la terre croule, soudainement le ciel craque. Un vrombissement recouvre le village dans l'oppressant ombrage du vacarme. Des avions passent en hurlant et de sourdes explosions retentissent, m'ébranlent, me pénètrent et s'emparent de moi. Je suis prisonnier de l'horreur.

        L'âcre ciel violet encercle l'incendie. Le bruit devient bombardement. Les avions filent en silence et les flammes brûlent sans cri. Lacérant les nuages ils font saigner le ciel. Une pulsation se fait sentir : il me semble qu'un coeur bat. Je ne l'entends pas, mais le sens, car je suis en lui. Et les platanes et le feu battent avec ce coeur, la place de l'église, le ciel, les flammes des avions se rétractent puis s'étendent pour alimenter le pouls d'un univers agonisant.
        Le temps est distendu. Je voudrais sauver quelque chose. Éléonore. Ma mère. Ma peau. Mais c'est la guerre.
par M.D. Arakiri publié dans : Textes en prose
Mercredi 30 janvier 2008
          L'Aube.
       
Les persiennes filtrent la lumière du jour. Douceur. Un léger picotement dans la nuque, la chaleur paisible de l'éveil, parfum de nuit posé sur des rêveries persistantes. Puis vient l'odeur du café. Le frisson des pas sur le carrelage glacé. Un mot, peut-être, aussitôt oublié. Le plissement des yeux fuyant l'éclat d'aurore.
        Un homme debout dans le miroir qui ne me rappelle rien. Une ombre. Bouffée des chaleurs nocturnes qui reparaissent lentement. L'éveil progressif des sens à la perception des millions de spectacles du jour.
        La fleur d'iris ouverte absorbe le soleil. Clarté. Un oiseau, mais qui ne chante pas. Peut-être qu'il ne vole pas. Le ciel est trop imprécis. Doute.
        Puis revient le miroir. Ou est-ce un retour au miroir ? Une forme, un reflet flou. La lumière toujours présente, mais elle n'éclaire pas. Il fait très sombre, pourtant l'oeil voit.
        Lui ! L'homme dans le miroir qui ne rappelle rien. Sauf peut-être qu'il est. Il ne rappelle rien... Il ne rappelle rien sauf peut-être... peut-être est-il. Il est.
   
        J'y suis !

        Réveil. Hurlement strident dans la nuit toujours pleine. Brasier de la lampe au chevet. Rudesse. Un léger picotement dans la nuque...
par M.D. Arakiri publié dans : Poésies
Dimanche 27 janvier 2008
« Qui donc a fait pleurer les saules riverains »
Apollinaire
par M.D. Arakiri publié dans : Citations
Dimanche 27 janvier 2008
Sous serment
        Je suis vôtre !
Faites de moi, une nuit
Faites de moi votre amant

Serrez sous vos doigts ma vie
Pressez pressez cette orange
Pour abreuver votre ennui
Mordez ce coeur comme un fruit

    Notez, je n'emploie plus
    De possessif trompeur :
    Il n'est plus mien ce coeur
    Tout à vous dévolu

Sucez sucez cet amour
Que j'ai pour vous condensé
Comme un nectar exotique
Malgré moi monte l'ardeur
Ce sacrifice sanglant
À mon unique déesse

Vous ma reine vous vers qui
Mon sang aveuglé s'engorge

À la vie
        Je suis vôtre !
Faites de moi, une nuit
Faites de moi votre amant
par M.D. Arakiri publié dans : Poésies
Dimanche 27 janvier 2008
J'entends j'entends qu'autour de moi
C'est le printemps qui rougeoie
L'hirondelle entre deux trains
C'est le bourgeon qui revient

Mais le temps n'a plus de prise
Trop de poètes ont usé
Les cycles de la Genèse
Toute naissance est sans joie
Depuis que je l'ai croisée
Et qu'elle fit à son aise
Une morsure lointaine
À moi simple locataire
Obscur habitant d'un coeur
Elle voulut bien offrir
Une mort sûre et certaine

Oui j'entends autour de moi
Un million de ces voix
L'hirondelle picorant
Sur les bourgeons de ses seins
par M.D. Arakiri publié dans : Poésies
Dimanche 27 janvier 2008
Celle-ci prend son air sérieux me dit Monsieur
L'autre rit qui m'affuble d'un doux sobriquet
La troisième louvoie les lettres de mon nom
Légère celle-là s'exerce à ne jamais
        Me nommer

Pulpeuse elle salue
Bas les chapeaux bas les regards
Mais des lèvres retient l'assemblée essoufflée
Nous sommes ses esclaves

Ô mes joies infantiles,
Vivez dans ce sourire !
Les ailes de l'amour coloriées à six ans
Débordent sur ses joues

Ma chanson est sans voix
Si elle n'est pour toi
La forme de ta langue
Ton timbre pour modèle

                Voyez sur moi son pouvoir !
                Un seul mot qu'elle a murmuré
                Dans les ronces coupantes, un seul fruit trop mûr
                Pour qu'entier je me rende

Celle-ci prend son air sérieux me dit Monsieur
Mais l'autre qui se tait c'est elle qui me plait
Pas un regard ne la trahit
Son pas sur l'onde est fier
Je vois sur les courbes plastiques
Du combiné noir
Qu'elle manie, élastique
Avec trop d'élégance
Ses doigts précis comme le nitrate d'argent

Imprimé en caractères rouges
Rouge de ses lèvres rouges
Où un cheveu s'est échoué,
        Nonchalant
— Oh je l'envie je le hais ! —
Sur l'envers de ses yeux
Tatoué dans mon dos
Dans un gène nouveau
Sur chaque brin de vie
Bien à l'abri
Des microscopes
Elle a inscrit
        Tu es à MOI

Dès lors, je
lui appartiens
Mon sang est pour ses lèvres rouges
Dès lors
        Je
n'existe plus
par M.D. Arakiri publié dans : Poésies
Dimanche 27 janvier 2008

Je

Je ne crois plus je sais
Je crois que je voudrais
Ne jamais avoir su
Croire et ne savoir plus

Je n'y crois plus tu sais
Tu sais si je t'aimais
Je t'aimais t'aime encore
Y croire y croire encore

Si j'ai souffert un peu
Beaucoup passionnément
Sais-tu si valent mieux
Au rire les tourments ?

Vois-tu je n'ai pas su
Ce que demain coutait
Toi que déjà j'aimais
M'aurais-tu écouté ?

Si j'avais su te dire
Suis-moi si je m'en vais
Suis le son de ma lyre
Ou sans toi je m'en vais

Je ne crois plus je sais
Je crois que je voudrais
Croire et ne savoir plus
Ne jamais avoir su
par M.D. Arakiri publié dans : Poésies
Mardi 15 janvier 2008
« Absent partout où l'on fête un absent. »

 

René Char
par M.D. Arakiri publié dans : Citations
Mardi 15 janvier 2008
Iris éclosion noire
Pin surplombé bizarres
Feuillages des palmiers

Exotique pistil
Si dilaté soit-il
Parcelle d'un damier

Buveur de nudité
Flammes où luit
Une femme alitée

Ô pudeur transpirante
Voile de nuit
Ô mon éclipse ardente

Tu n'es que la palette
Germant l'esquisse
D'une enfant trop fluette

Puits bouché une boule
Petite et lisse
Piège des vapeurs saoules

Bois la mer asservie
Que par pinceau fidèle
Sa mort a desservi

Boulevard je te traverse
Sans que mon ennui lèse
Tes eaux d'averse

Dilaté par les soirs
Perle mauvaise
Vie pétrie dans la glaise

Iris éclosion noire
Infinitésimal
Songe animal
par M.D. Arakiri publié dans : Poésies
Jeudi 10 janvier 2008
Que puis-je faire, à par suivre, dans l'empreinte des pas de mon coeur, la marche forcée de ses caprices ?
par M.D. Arakiri publié dans : Pensées
Mercredi 9 janvier 2008
Tenir nos rêves sous la bride
Des traineaux d'or attelés
Aux crinières de Pégase
Dont le muffle fumant
Brûlait la lune

Tenir sous l'antédiluvienne
Houle des dragons de mer
Fendre la vague
Battre l'écume
Tenir le flot des songes
Et s'endormir
Sur la dune

Tenir le flanc de la rocaille
Narcisse suspendu
Au harnais de l'orgueil
Miser l'ennui
Et perdre
Par un hasard de soie
L'araignée retenue

Tenir les hordes déchainées
Sous la frêle paupière
D'une nuit
Tenir l'infâme
À l'écart
Des danses d'insomnies

Tenir, tenir
Tenir la bride
De nos rêves attelés
Tenir...
par M.D. Arakiri publié dans : Poésies
Mercredi 9 janvier 2008
Qui jamais n'aima une chatte ?
Pour le ciel de ses yeux d'agate
Pour le seul duvet de sa patte
Pour un Regard !

Qui jamais n'aima une chatte ?
Reconstituant le disparate
Par la moindre des pantomimes
Force Divine !

Qui jamais n'aima une chatte ?
Ébrouant dans le jeu ses nattes
Replacées soudain à la hâte
Pour un seul geste !

Qui jamais n'a aimé de chatte ?
Femmes aux pelages versatiles
Matrones Maries et Marâtres
Femmes faciles !
par M.D. Arakiri publié dans : Poésies
Mercredi 9 janvier 2008

    Décembre, compte à rebours chocolaté. Nous avions déjà, en riant, dévalé le calendrier jusqu'aux sommets de tes plaisirs. Depuis quelques semaines, le fil des jours plongeait nos rêveries d'enfants dans le tourbillon de tes Fêtes, et derrière nous se comblaient, une à une, comme l'empreinte légère de nos pas dans la neige, les journées vides de l'hiver...
     Tout alentour semblait se remplir de cette faible odeur qui suintait du sapin, ce parfum des forêts pérennes au flanc de montagnes inconnues, encombrées de tous leurs mystères ; leurs grands bergers roulés dans l'épaisse laine des moutons, leurs meutes de prédateurs nocturnes et invisibles aux hurlements déchirants, leurs graines ensommeillées, maintenues dans des gangues d'hiver jusqu'à la floraison prochaine ; leurs légendes contées, au coin d'une bougie, sur des monstres aperçus autrefois dans leur ventre. Ce sapin-là savait toutes ces choses ; il avait vu toutes les bêtes et supporté toutes les neiges, toute la forêt s'était laissé piéger dans sa sève, pour répandre sur le salon cette incroyable odeur de rêve.

    Décembre, papier-cadeau des souvenirs. Nous avions six, huit ans tout au plus, Oh! nous étions l'immortelle jeunesse ! Les jeux dans la neige sont sans âge. Quoi ? que nous importaient les montagnes qui cerclaient le paysage ? il suffisait, pour les gravir, de traverser un ruisseau et d'escalader la colline vêtue de son drap nouveau ; dès lors s'éveillaient en elle les monstres et les légendes et nous nous dressions, fièrement, vainqueurs sur leur tête coupée !
    Chaque rocher était un trône immaculé, chaque branchage, plié sous le poids de son manteau de neige, ornait le plafond d'un palais - nous étions Rois d'un monde infiniment gelé.
    Puis, vers le soir, épuisés de nos mille conquêtes, nous rentrions vers la maison, le coeur lourd d'aventures, le regard bas mais plein d'une fière assurance, profondément changés par tant de découvertes. Les lumières des maisons colorées par le soir allumaient dans nos yeux l'éclat nouveau d'un songe. Une fois poussée la porte, nous avions laissé derrière nous les périples du froid, mais toujours les bras d'une mère universelle se trouvaient là pour nous envelopper de douceur, frictionner nos museaux gelés par le vent et nous n'avions qu'à boire, comme des nouveau-nés, ce lait qui déjà chaud n'attendait plus que nous.

       
    Décembre, guirlande du temps suspendu. Tu es un lent sommeil qui aspire les enfants et les emmènes sagement vers des univers merveilleux. On entre dans Noël comme dans un rêve : d'abord engourdi lentement par la fatigue puis trompé par nos sens envoûtés, on se laisse emporter par lui, bercé dans ses bras neigeux. Le rêve se propage en nous pour y modifier les couleurs, transformer le paysage : la nuit revêt son voile de lumière, le jour fait fleurir les flocons arrachés à leur froid sommeil ; et le réel s'estompe dans un feu d'artifice.
    C'est le temps qui s'arrête. Noël, grâce à toi, l'ennuyeux balancement du pendule devient une musique merveilleuse ! L'attente remplit chaque seconde d'un présent infini... Toute la nature des Hommes chante un cantique d'amour qui traverse les coeurs, triomphant des misères, car il restaure en nous l'enfant que chacun a perdu. C'est l'harmonie entrevue pour l'humanité en désordre.
    Devant la parure du sapin, un rire en nous se fait entendre. Les jouets sont des secrets murmurés à l'oreille qui attendent lentement le moment de se révéler, le moment de répandre leur joie pour étirer les sourires. Et nous n'avons plus d'âge. Nous sommes cet enfant, assis sur les tendres genoux de l'amour, et, rêvant d'un bonheur puéril, nous écoutons en silence la musique des rires latents. Ensemble, nous apprenons que le plus beau jouet offert est le temps qui s'écoule de nos petites mains blanches, paumes vers les étoiles, tendues pour recevoir.

    Ô, Décembre ! Printemps couvert de neige...



À ma famille, pour tout l'amour que j'ai reçu et tout l'amour que je reçois
Aux grands-parents, rois de la fête
Aux petits princes, mes cousins, reflets joueurs de mon enfance
Aux souvenirs qui me sont chers
À la vie
Passée, à venir

À mon père,
Je vous aime.
Joyeux Noël à tous...
par M.D. Arakiri publié dans : Textes en prose

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