Ne tiens pas ce que tu as pour acquis, car rien au monde ne t'appartient. En un mot, tu peux tout perdre, un autre, tout regagner. Dépossède-toi, et tu pourras être libre. Mais rien ne subsiste au temps...
Mon corps est prisonnier du temps,
Mon coeur est prisonnier du tien,
Libéré de l'un je perds l'autre,
Cette prison me va très bien ;
Tout de verre et de pantomime,
De cristal aux pires endroits,
Aux meilleurs, de perles de toi
Vaillamment puisées dans ta mine.
On n’est jamais seul en prison :
Toujours son propre compagnon
Mais les murs font partie de moi,
Combien sommes-nous donc bien là ?
Une multitude inchiffrable,
Toi dans moi et puis l'inverse
À l'infini, on se renverse
En infimes grains de sable
Transcendante mélodie
Des secondes en cavale,
Nos deux vies cadencées
Cascade d'harmonie :
C'est notre temps qui passe,
Nos instants prisonniers
Qu'on libère dans l'espace
Idyllique étiré
De nos pensées unies,
Un plus un s'éternisent ;
Ne veulent pas s'écouler,
Pas dans le même lit !
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Les silences inondent
Nos mondes réunis
Autour d'une fraction
De l'Histoire : notre vie !
Pour échanger nos temps,
Car privés de salive
On s'embrasse longtemps,
L'étreinte nous délivre
Si un côté se vide,
L'autre va remplissant
De trésors empruntés
À l'un, son manque avide.
Ainsi nous complétant,
Tic-et-tac l'on compte
Silencieusement,
Grain par grain notre temps
L'horloge suit le décompte
On ne l'écoute pas
Nos secrets sont comptés,
Défilent maintenant,
Les diamants qui m'étreignent
N'égratignerons jamais
La moindre passerelle
D'une âme enamourée
Je pense comme je respire
Un coup j'inspire,
Un coup j'expire.
Ma tête se trouve à la fois
Sur mes épaules
Et dans mes mains.
Mes paradis me fuient
À tire-d'elle, et s'ils
N'en ont pas, à toutes jambes.
Mes mots déshérités
Sitôt nés, s'épanouissent
Et m'abandonnent.
Il y a des points qui se perdent
Sur des i droits et pointilleux,
Des poings d'honneur fermés
Sur des un point c'est tout,
Des points allant par trois
Bons ou même mauvais
Suspendus aux virgules
S'exclamant à l'envers,
Des points de symétrie
Liés stratégiquement,
Des points fondamentaux
Revus point par point
En pointillés pointus
Pointant les pointes
Des points finals
Aux poings tendus,
Des points par deux
Main dans la main,
Des points à faire,
Serrent les vipères
Des points de vue,
Qu'on désappointe
Sous coups de poing,
Qui s'interrogent
. . .
Ces mots sont dédiés à la mémoire de celles
Qui ne se souviendront pas avoir été Ciel,
Terre et Mère et Soleils et Fleurs épanouies
Dans mon coeur seulement, c'est un honneur maudit
Filles diamants, femmes rubis, fantômes saphirs
Ne pourront, sous quelque effort, se souvenir
Qu'elles ne m'ont pas connu, ça serait étonnant
Moi je me souviens d'elles, aiguilles de l'instant.
Aux heures déjà perdues, lâchement emportées
Au gré des astres sourds, par les vents et marées,
Marées soudaines, vent d'esprits sous tempêtes...
Épars coeurs que ceux-là embourbés de défaites !
Qui ne sont pas inscrits au coin du registre,
Doux répertoire d'amourettes d'une autre
Plein de noms effacés, de savoureux regrets
Faisant encor frémir chaque recoin de peau,
Consciencieusement conservé innocent,
Enveloppe cachetée de tendres serments
Jardin secret où poussent encore les fruits
De celle que le temps a gâté , bien tapi
Sous la voute fleurissante du souvenir
Guettant le moindre signe : silences et soupirs
Prompt et prêt à surgir pour se saisir des larmes ;
Quelle douce cachette que le coeur des femmes,
Le temps s'y est blotti, bien à lui la raison !
Je ferais comme lui si je n'avais maison
Loin ailleurs établie, sur les routes du monde
Où l'on fait bon accueil aux âmes vagabondes.
Solitude est battisse, racine et piédestal
Pour qui veut bien grimper, là-haut, sur sa stèle
D'où une petite glissade pourrait être mortelle,
Mais la mort avec elle est devenue banale.
Et l'on se moque d'elle autant qu'elle rit de nous,
Quand l'amour des autres ne vaut plus même un clou,
Quand c'est de notre main que s'est sevré l'espoir,
Que l'on est seul gardien des clefs de sa mémoire.
Le passé est trop dur à manier, trop simple à ressasser.
Présentement, parlons, de ce qui me dépasse.
Amoureux de sa mère
Qui n'a pas pu connaître
D'autres femmes que celle
Qui l'a mené au monde
Elle me fait renaître,
M'arrache à l'infamie
Et aux trompes du temps
Étendues vers moi pour
S'engorger de mon sang.
Quand l'univers s'effondre,
Que j'ai le coeur brisé :
Contre elle, et sur moi,
Je peux m'y replier,
Elle saura m'en défendre.
Quand dedans son ventre
L'amour taciturne
De mon inconscient
Donne des coups de pieds
Son coeur s'attendrit ; et
Que celle qui m'enfante
Puise au fond d'elle-même
La douceur du sourire,
Illumine ma vie ;
Sa beauté indolente
Se pose sur mon front
D'un geste maternel
Pour chasser mes démons
D'une main immortelle
De déesse endormie
Comme le nouveau-né
Vierge de sentiments
Je m'endors ou je pleure
Contre son sein gonflé
De lait tendre et tiède,
Nourriture de l'âme
Assurant ma survie
Sans pudeur reversée
Par l'amour d'une mère,
Merveilleuse aveugle !
Dont les yeux seulement
S'aperçoivent comment
Il faut aimer un fils :
Mieux que tous les amants,
Aimés tenus d'un fil...
Je l'aime comme un enfant
Amoureux de sa mère,
Il n'y a qu'au fond d'elle
Que je suis tranquille,
Enivré de bonheur !
Un nouveau firmament
À chaque brin de cil
Tendu vers les faucilles
Moissonnant le passé,
Les fantômes d'antan.
Je renais chaque fois
Qu'elle m'ouvre ses bras,
Pour mieux mourir, après,
De me savoir aimé
Sans n'y rien comprendre.
Sur le parking de mon ennui
Il y a des trains qui passent
Et des voitures d'oubli
Parfois une voyageuse
M'a dit qu'elle resterait
Mais elle comme les autres
Ne faisait que passer
Fière de ses mensonges
Elle revint, délectable,
Par-devers songes.
Dans les sous-terrains du rire
Il y a des métros
Tout chargés de badauds
Des mégots et les cloches
Qui sonnent l'heure en coeur
Des inconscients
Qui me démangent
Déambulant
Et des passantes,
Toutes parfumées d'encens
Dansantes et virevoltant.
Sur le parking de mon ennui
Il y a des années qui passent
Et d'autres qui commencent
Aucune qui ne s'achève.
Des passages piétons
Sans passage à niveau
Entre les caniveaux
Où coule le champagne
Mêlé de sueur et de sang.
Des avions sans leurs ailes
Lourds de kérosène
Qui s'ennuient,
Qui polluent,
Et se moquent.
Sous le toit de mon parapluie
Ne chantonnent pas d'anges
Plus que de jolies fleurs.
Sur les cieux de l'exil
Perlent les gouttes d'eau
Mitraillage agaçant
Qui compte à rebours
Les évasions
Démaquillées ;
Écrasent la vertu
Et le plaisir masqué
Sous le flot continu
De secondes
Électriques.


